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Chronique d’un livre annoncé #3 : La Promesse de l’aube

« On ne comprendra absolument rien à mon œuvre si l’on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d’abord des livres d’amour et presque toujours l’amour de la féminité ». C’est sur cette phrase que Romain Gary clôt son entretien retranscrit dans La nuit sera calme (dernier entretien accordé, quelques mois avant sa mort). Les deux amours de sa vie furent la littérature et la féminité. Attardons-nous sur ce Roman Kacew, homme qui fît de son Œuvre une ode à la femme.

Le pourquoi de ce titre de roman réside en ce passage : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que les mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants »

Tout comme lui, je ne pense pas que quelqu’un puisse étouffer d’amour. Quand bien même cela serait possible, il n’y aurait foncièrement pas grand mal à cela. Romain n’a jamais vraiment su qui était son père, et ça ne lui a jamais manqué. Un parent qui aime autant en vaut bien deux. Il trouvait la force, la persévérance, la tendresse et surtout plus d’amour que nécessaire, auprès de sa mère. Une grande dame.

Jamais une mère n’a eu autant d’ambition pour son fils. Mais si la grande Mina Kacew se permit de mettre la barre si haute, c’est car elle savait son fils capable de l’atteindre. Un tel poids sur ses épaules car il était le seul à avoir la carrure pour accomplir de si vastes projets, de si grandes ambitions. Pour ne citer qu’un exemple : Un mardi, elle lui demanda d’aller chercher deux billets pour l’Allemagne, afin qu’il aille tuer Hitler qui venait d’être fait chancelier. Il ne rit pas car il la savait sérieuse et il alla à la gare se les procurer, puis s’entrainer au tir. Il avait peur, comme tout être normalement constitué, mais n’était pas tétanisé. En effet, il savait que si sa mère attendait quelque chose de lui, elle y croyait si fort et s’avérait toujours voir juste, de telle sorte qu’il ne risquait donc rien. Elle se rétracta le lendemain et il fût soulagé de pouvoir finalement passer l’été à déshabiller les jeunes femmes du regard sur la plage de Nice. Je ne dis pas que le XXe siècle aurait pu être bien différent, je dis juste qu’il n’a jamais échoué une seule mission durant sa vie… Avec des « si » on refait le monde après tout.

« J’y ai réflechi, je me souviens, quand j’avais seize-dix sept ans, en regardant ma mère se démener et je me souviens que je suis arrivé à la conclusion que croire en Dieu, c’est calomnier Dieu, c’est un blasphème, car il n’aurait pas fait ça à une femme. Si Dieu existait, ce serait un gentleman. » Oh que sa mère s’est démenée. Pas un jour il n’a manqué de quoi que ce soit, de son steak journalier à des vêtements à se mettre sur le dos. Jamais elle n’a cessé de travailler.

Il n’y a et n’y aura qu’une Mina Kacew. Cependant rien ne vous empêche de porter sa casquette et celle de Romain à la fois. Soyez votre propre source d’ambition.

Elle est décédée pendant la guerre, juste avant qu’il ne devienne celui que l’on connait. Mais elle n’avait pas besoin de le voir de ses propres yeux pour être soulagée. Au fond d’elle, elle n’a jamais douté qu’il deviendrait ce grand homme.

« Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d’Annunzio, ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! » scandait sa mère avec passion. Il fût héros puisque résistant, non pas général mais décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre, ambassadeur de France aux Etats-Unis et, mieux qu’Annunzio, il fût Romain Gary.

 

Louise Bruyere

 

P.S : Elle lui souhaitait aussi d’être un écrivain à la hauteur de Victor Hugo, tout ce que je peux vous dire c’est qu’il est le seul dans l’Histoire à avoir reçu deux Goncourt…

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