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Enseignement en langue régionale : Blanquer met de nouveau le breton en danger

N’ayant jamais caché ses réserves concernant l’enseignement en langue régionale, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, vient de prendre une nouvelle décision mettant à mal l’enseignement immersif en breton. En effet, dès la rentrée 2021, l’Éducation nationale prévoit de réduire drastiquement les heures de cours de breton dans les établissements bilingues.

Les cours de breton mis en danger

L’annonce est tombée la semaine dernière pour les établissements Diwan (réseau d’enseignement immersif en breton, plus de précisions dans un ancien article ici ), ainsi que les écoles, collèges ou lycées proposant un cursus bilingue. Alors que jusqu’à aujourd’hui, il y avait trois heures de cours de langue bretonne par classe à Diwan, l’Education nationale a décidé d’attribuer trois heures de breton… par niveau, à partir de la rentrée 2021. Pour la majorité des établissement à classes bilingues, il y a peu de changement, mais à Diwan , “c’est une catastrophe”, explique Brendan Simon, responsable de la vie scolaire du collège Diwan au Relecq-Kerhuon (Brest). Ainsi, à partir de septembre, les élèves des collèges Diwan (six au total, ndlr) n’auront plus qu’une heure de langue bretonne par semaine.

Un enseignement pourtant essentiel

C’est l’incompréhension qui prévaut parmi les enseignants, élèves et parents d’élèves. En effet, l’argument du ministère est que les élèves parlent déjà breton puisque l’enseignement se fait en immersion. Seulement, si l’on retourne la question : serait-il envisageable d’enlever les heures de français à des élèves qui parlent déjà le français ?

Les cours en breton sont par ailleurs essentiels, pour les élèves bilingues. Tout comme pour le français, ils permettent l’apprentissage de la grammaire, la conjugaison et du vocabulaire de la langue, mais aussi l’étude de la littérature en langue bretonne. Les professeurs de breton y enseignent par ailleurs l’histoire de la Bretagne et de sa culture. A titre personnel, je dois beaucoup à mes professeurs de breton pour mes connaissances de l’histoire et de la culture bretonne.

Cette décision de l’Education nationale met donc à mal l’éducation des enfants scolarisés à Diwan, mais aussi les emplois de leurs professeurs, car des postes ont en danger. C’est notamment le cas au collège Diwan du Relecq-Kerhuon, qui perdra un poste d’enseignant à la rentrée prochaine. Mais cette mesure concerne tous les établissements du secondaire, et d’autres emplois sont désormais menacés.

Un ministre qui se dit pourtant “favorable aux langues régionales”

En visite d’un lycée brestois en janvier dernier, Michel Blanquer, dans une interview au journal Le Télégramme, s’est dit “très favorable aux langues régionales”, allant jusqu’à dire “Vive les langues régionales, vive le breton !” De quoi agacer un tantinet les défenseurs de l’enseignement du breton qui, unanimement, considèrent les dernières réformes du ministre comme étant particulièrement rétrogrades.

En effet, la réforme du baccalauréat a entraîné une baisse de 50 % du nombre de jeunes inscrits en breton au lycée, comme dans les autres langues régionales, a par exemple souli­gné le député Marc Le Fur (Côte d’Armor). Dans les écoles primaires, c’est l’initiation au breton qui est également fragilisée, en étant mise en concurrence avec l’anglais. Sans compter l’opposi­tion nette de Jean-Michel Blanquer au projet de loi porté par le député Paul Molac (Morbihan) qui voulait aider à généraliser l’enseignement bilingue ou à pérenniser le statut des écoles immersives de type Diwan…

Une mobilisation prévue samedi prochain

Beaucoup de défenseurs de langue bretonne s’indignent de cette décision de l’éducation nationale, d’autant qu’elle a été prise sans aucune consultation préalable avec Diwan ou les établissements bilingues. Alors que l’enseignement en immersion en breton séduit de plus en plus, avec un nombre croissant d’élèves inscrits chaque année à Diwan, l’Education nationale vient freiner tous les espoirs. “C’est quand les classes augmentent chaque année qu’on perd des heures de cours, il n’y a aucune logique.”, regrette Stéphanie Stoll, présidente du réseau Diwan Breizh.

Sur les réseaux sociaux aussi, l’incompréhension est de mise.

Sur Instagram, on a même créé le hashtag #brezhonegmatters pour dénoncer ce nouveau frein à l’enseignement en breton. Une mobilisation est d’ailleurs prévue ce samedi 20 février à Brest, pour préserver l’enseignement du breton dans le secondaire. En espérant que les voix des bretonnants se feront entendre…

Enora Paniez

Un Commentaire

  1. Anonyme Anonyme

    Diwan s’est constitué en association pour que le breton soit enseigné et pratiqué, en réaction à l’attitude de l’Etat français, très satisfait de la disparition rapide des langues de tous les peuples qui se trouvent sous sa tutelle. Maintenant, le ministre d’Etat Blanquer trouve que la fin ne vient pas assez vite et porte le fer le plus profondément qu’il peut.
    En effet, il n’y a aucun espoir à mettre en cette république qui n’est pas démocratique.

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