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Tribune : La mafia BDE des grandes écoles

La Manufacture publie aujourd’hui une tribune personnelle, écrite sous le pseudonyme de Journal Malin, sur le fonctionnement des bureaux des étudiants (BDE) dans les grandes écoles en général.

Cette tribune est une réflexion personnelle de l’auteur, son propos n’engage que sa responsabilité et non celle de la Manufacture.

La mafia BDE des grandes écoles

Sous ses airs mensongers de bienveillance et d’intégration, les BDE ne produisent que de l’exclusion. Toutes ces vidéos, ces sorties, affiches, polos : sous cette image attrayante, se cachent en réalité de futurs dirigeants : des personnes ne cherchant que le pouvoir, sans avoir l’esprit pour l’utiliser justement.

 

Le profil bdesien moyen

Commençons par détailler le profil du type BDE moyen, vous le verrez, cette archéologie est passionnante. L’espèce BDE est une personne blanche (détail extrêmement important), dont la banalité est choquante. Enfant de bourgeois, montre luxueuse à la main, sac Longchamp pour les jeunes femmes, polo Lacoste pour les jeunes hommes, c’est avec leur Iphone et leur Mac que la terreur règne. Cette non-mixité est un révélateur sociologique et politique clé ; les BDE sont des réunions de bourgeois, où les CSP+++ se racontent leurs fameux problèmes d’argent. Bien sûr, cette hétérogénéité s’exprime dans leurs activités. Toutes les sorties au bar s’accumulent au prix de l’alcool.

Le mode de vie bdesien coûte cher, ce ne sont pas les enfants prolos et modestes qui peuvent se permettre ce sacrifice. En clair, l’esprit de corporatisme règne. Pour rappel, la définition admise du corporatisme est la défense exclusive des intérêts d’une catégorie professionnelle donnée. Or les membres de BDE, même si ce ne sont qu’encore des étudiants, présentent toutes les caractéristiques des classes les plus aisées du pays. Bien souvent, ce passage au BDE n’est qu’une étape pour y accéder. Regardez tous les hommes « politiques », racontant avec fierté les bizutages qu’ils ont subi pendant leurs jeunes années. David Cameron est sans doute l’exemple le plus caricatural de cette espèce en vogue.

“Le BDE est une ode au conformisme”

Le bdesien possède une personnalité très marquée. D’abord, c’est une personne extrêmement extravertie qui n’hésite pas à rappeler son pauvre statut sur tous les toits. A l’aide de textes galvanisants et de jolies photos, tout sur Facebook, Instagram et Snapchat rappelle le statut social du bdesien. « Attention, être dans le BDE d’une grande école est très important pour mon CV ! » Ce culte de la personnalité est renforcé par certains traits de caractère valorisés : sociable, engageant, avenant et tout souriant. Mais derrière ce voile se cache de l’hypocrisie et des langues de vipère qui vous crachent dans le dos. Il est humainement impossible d’être aussi ouvert avec tant de monde, c’est pourquoi certaines positions de dureté, d’autorité, de méchanceté, sont valorisées au sein de ces bureaux. Le BDE n’est pas un monde pour les timides, l’anxiété sociale, le calme ou la réflexion. Pour les personnes ayant un minimum de personnalité, il faut s’effacer afin de mieux s’intégrer. En somme, le BDE est une ode au conformisme.

Logo du BDE de Sciences Po Paris

Politiquement, ce sont toutes et tous les mêmes. J’appelle à la barre : L’APOLITIQUE DE DROITE. Le bdesien apprend à se servir de l’ordre en place pour être au sommet de l’Etat quinze ans plus tard : c’est l’idée centrale de cette satire que je développerai tout du long. Le bdesien est un personnage consensuel de la politique qui n’a aucune conviction. Au contraire, ses opinions sont comme un papier calque dont la sensibilité varie en fonction du degré d’intégration. C’est un mécanisme puissant : pour pouvoir accéder à certaines positions de pouvoir, il faut avoir un certain discours « modéré », « politiquement correct », afin de se faire accepter des autres, derrière des termes euphémisants. Ces idées se dessinent sur les discours médiatiques en vogue.

Ainsi, plus le bdesien moyen est intégré, moins il émettra d’idées personnelles, recrachant ce qui est dit sur CNEWS ou Twitter. D’actualité, il est en vogue de dire « c’est la liberté d’expression » « vous êtes intolérants » « on ne peut plus rien dire » « l’islamo-gauchisme nous a envahi ». N’avez-vous pas remarqué ces discours se propager chez les bdesiens ? Si oui, je ne vous félicite pas, vous en fréquentez. Si non, félicitations, vous avez réussi à vous échapper de cette caste. Ce phénomène rhétorique est grave, puisque des idées très limites, voir discriminantes, sont tolérées derrière des termes “politiquement correct”. Ce phénomène n’est rien de plus que la conséquence d’absence de mixité sociale. Puisque la population blanche et riche se retrouve en homogénéité, le discours se lisse encore plus face aux normes et valeurs sociales dudit groupe. C’est pourquoi il est difficile pour une personne qui ne présente aucune de ces caractéristiques de s’intégrer, car cela reviendrait à s’abandonner soi-même pour rentrer dans le groupe.

En un mot : le bdesien est un PNJ. Le BDE est une fabrique à légitimité.

 

La hiérarchisation de la vie étudiante via l’exclusion

Les BDE, c’est un peu l’organisation centrale de la vie étudiante de toutes les grandes écoles, puisqu’en charge de la grande majorité des événements de la vie étudiante, ou au moins des plus importants.

Que je sache, ce sont les BDE qui organisent les WEI, les intégrations et les autres conneries du genre. Leur statut financier et administratif leur donnent le monopole de la soirée légitime. Rajoutons à cela l’effet de prestige, et plus aucune association n’a le pouvoir du BDE. C’est une première ligne qui se dessine, entre les personnes qui vont à ces soirées, intégrées, et celles qui n’y vont pas, exclues. C’est sûr, si tu ne bois pas ou peu d’alcool et que tu ne t’abaisses pas à des jeux humiliants et sexuels, tu es quelqu’un d’ennuyeux qui ne sait pas s’amuser.

Tous ensemble, ils rédigent des textes, entonnent des chants inaudibles pour justifier leur culture

Les BDE organisent l’exclusion par la culture étudiante valorisée. Ici, celle des soirées (d’intégration) à outrance où l’alcool coule à flots. De ce fait, beaucoup d’étudiants et d’étudiantes doivent se soumettre à ces règles pour espérer s’intégrer dans le groupe. C’est là que l’alcool devient un outil d’intégration sociale, puisqu’il est utilisé à l’occasion de jeux et de relâchement qui font du lien social entre certains individus. Mais il est exclusif par nature : il faut le payer, il faut être prêt à s’adonner à une certaine consommation humiliante et mauvaise pour la santé, bafouant parfois certaines éthiques personnelles et religieuses. La soirée devient alors un lieu de lourdes pressions sociales, où il faut aller à l’encontre de soi pour s’intégrer.

Image de synthèse d’un bureau des élèves

C’est là que l’on voit que le bdesien moyen n’est pas raisonnable mais plutôt malin. Tous ensemble, ils rédigent des textes, entonnent des chants inaudibles pour justifier leur culture. C’est en quelque sorte un inversement de valeurs, dans le sens où des choses pouvant être perçues ou prouvées négatives sont vues comme positives pour accéder au pouvoir et au prestige social ! « L’alcool est mauvais pour la santé » dira une personne sensée, le bdesien moyen lui répondra « C’est pas grave, je suis trop cool quand je prends des cuites ! ». Ces violences connaissent une apothéose lors des séances de « bizutages », ou une personne innocente doit passer une épreuve horrible dans le but d’être acceptée par le groupe. Encore une fois, cette pratique n’est que la conséquence du microcosme formé par les membres du BDE. L’établissement est si élitiste, que ses membres s’y sentent supérieurs au reste du monde. Comme moi, vous avez sûrement dû observer le caractère très arrogant de certains bdesiens…

Le bizutage n’est rien d’autre qu’un rite, visant à séparer les individus en ayant fait l’expérience de ceux qui ne l’ont pas éprouvé.

Symboliquement, la promesse du bizutage est d’accéder à ce nouveau monde élitiste, ce phénomène ne concernant quasiment que le monde de l’élite. Pour cela, les étudiants qui se pensent supérieurs font passer une épreuve de sélection, d’initiation. Le scénario mis en place consiste à effacer l’ancienne personnalité de la victime, pour ensuite la faire renaître en une personne « exceptionnelle ». Voilà pourquoi le bizutage fait si peur, il faut sélectionner les plus courageux, il faut être fort. Cette mort métaphorique produit un esprit de cohésion au sein du groupe, propice à l’adhésion du nouveau. Tout le monde applaudit, la nouvelle victime se sent apaisée de son intégration. Une amnésie collective, sur le mal qui aurait pu être fait, se propage vicieusement parmi tous les étudiants, dont la victime. La mémoire ne sélectionne que l’ivresse commune et les joies partagées. Ces expériences sont transformées en de véritables récits qui structurent entièrement le groupe. Sociologiquement, le bizutage n’est rien d’autre qu’un rite, visant à séparer les individus en ayant fait l’expérience de ceux qui ne l’ont pas éprouvé.

C’est ce mécanisme d’autosatisfaction, qui fait que l’ancienne victime de bizutage, s’en donnera à cœur joie l’an prochain. Le BDE a fabriqué son nouveau bourreau par la pression sociale. Les normes sociales et les valeurs du BDE ont effacé tout esprit critique, toute « fragilité » de ses membres.

Esprit BDE, esprit d’entreprise

Ces valeurs sont directement héritées du corporatisme cliché du monde du travail et de l’entreprise, où le salarié doit se taire et garder toutes ses critiques, afin de gentiment travailler. Le management fonctionne lui aussi sur ce principe d’intégration. Les salariés doivent être aimés par leur chef, acceptés par les pairs lors de la pause clope. Le salarié doit accepter de plaire et se soumettre à la hiérarchie d’entreprise. Ce mécanisme d’infantilisation, du même fonctionnement que le BDE, amène le salarié à accepter n’importe quelle décision de son entreprise, du moment qu’il est aimé. Une nouvelle fois, ces mécanismes « fabriquent » un nouvel individu, qui à son tour prendra plaisir à dominer. Un cercle vicieux se forme, ou le dominé intériorise, dans le but de mieux reproduire tout cela plus tard.

Le pire étant sûrement la promotion d’une certaine virilité, celle qui a pour finalité le fait de coucher, car pour eux, un vrai mec doit coucher. Les soirées sont des lieux d’excès, ou l’alcool peut produire des malheurs. La violence sexiste et sexuelle est particulièrement forte dans ces évènements, puisque les rituels les plus dégradants et sexuels concernent les jeunes filles. Pour s’intégrer, elles doivent se plier aux normes de la domination masculine. Ces dégradations et obscénités sont d’abord présentes dans les nombreuses allusions sexuelles au sein des chants étudiants. Les hymnes instaurent un cadre favorable aux pratiques sexuelles. Des accoutrements obscènes sont portés, dans le but de mettre en exergue la virilité ou la féminité masochiste/dominatrice. Dans ce cadre, les jeunes femmes subissent les violences.

De ce fait, la culture BDE légitime une violence inacceptable, particulièrement sexiste, que cette satire vise à dénoncer. Voyez comment ils se protègent entre eux ! C’est tout un système de domination qui produit de l’exclusion et de la discrimination !

Cette hiérarchisation va beaucoup plus loin que ce que vous pourriez croire. Le BDE, c’est juste un tutoriel pour apprendre à dominer et accéder au pouvoir de façon sordide mais en étant perçu comme propre. La trahison et la magouille sont utilisées dans toutes leurs formes entre les listes et durant les élections pour obtenir la place sacrée tant désirée. Inutile de rappeler que derrière ces coulisses se retrouvent du harcèlement moral et sexuel pour arracher le pouvoir. En clair, les bdesiens apprennent des techniques de domination, ils se mettent dans ce statut du dominateur souriant, qui, dans l’ombre, n’hésite pas à planter des poignards dans le dos. C’est ce véritable apprentissage, ces rites initiatiques qui mettent ces gens au sommet de l’Etat. Demandez à un bdesien bien intégré ce qu’il veut faire ; souvent il cherche le pouvoir et le prestige social. Le BDE est la première étape vers les sommets de l’Etat.Comment font les BDE pour agir autant dans l’impunité alors, tout comme notre personnel politique ? C’est peut-être justement cet apprentissage durant leur jeunesse qui les rend si vicieux. Trêve de bavardages, comme vu tout au long de l’article, le BDE représente une machinerie exceptionnellement puissante et conformiste qui transforme toutes ses victimes en soldat. De plus, tous ces évènements ont lieu en dehors de l’établissement. Pour le cadre des agressions sexuelles, il est très difficile d’agir car les plaintes ne sont pas recevables a priori. De plus, les établissements de l’enseignement supérieur ne sont pas comme les entreprises dépendantes du droit du travail. Dès lors, les conseils disciplinaires ont un pouvoir législatif beaucoup moins important pour sanctionner.

Enfin, nul doute que la mafia BDE soumet une omerta extrêmement puissante à ses victimes. Il est extrêmement difficile pour une jeune femme de témoigner, que ce soit par crainte de vengeance, de railleries, ou encore de tous ces mâles qui viendront dédouaner l’acte. Toutefois, pour le cas du bizut, il faut sortir du cliché de la vengeance. Comme expliqué plus tôt, le bizutage instaure un avant et un après. Tous les participants sont convaincus du bien-fondé de l’acte de bizut, que ça soit par un fameux consentement ou par la peur de refuser. Il se passe en réalité l’inverse du bizutage.

Ne laissez pas le BDE prendre le contrôle de votre vie étudiante. Ces gens importent peu par rapport à votre personne. Restez vous-mêmes, ne vous soumettez pas à cette hégémonie. Ils vous prôneront leurs exploits alcooliques et sexuels avec une grande fierté, mais eux ont dû s’acculturer, s’intégrer jusqu’à faire disparaître toute trace de leur personnalité initiale. Cette omerta doit prendre fin.

Journal Malin

 

 

Sources : Je n’ai bien sûr pas eu le temps de vulgariser tous ces articles car la tribune serait beaucoup trop longue, je les poste ici pour les personnes qui souhaitent approfondir :

  • Pour les violences sexistes et sexuelles pendant les bizutages:

https://www.persee.fr/doc/socco_11501944_1995_num_21_1_1420#xd_co_f=MzYzNzVmZGQtZWZlMS00ZDkwLTk1YjEtNGE3ODNkYjhjZjQ3~

 

  • Pour l’harcèlement sexuel du point de vue juridique, cet article me semble indispensable à la lecture, même s’il date de 2008

https://www.cairn.info/revue-mouvements-2008-3-page-34.htm

  • Pour le corporatisme des grandes écoles

https://www.cairn.info/journal-sociologie-2016-1-page-5.htm

  • Pour les gens qui ont la flemme de lire une vulgarisation pertinente et sourcée

https://youtu.be/vGUho2Dt2kY

Et de nombreux témoignages que je ne prendrais pas le temps de lister.

2 Commentaires

  1. Anonyme Anonyme

    Bof bof les gauchos

  2. Anonyme Anonyme

    Explosé au sol cet article, bandes de victimes

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