Cet article exprime une opinion personnelle et non une position officielle.
A Sciences Po Lille, les étudiants se lassent d’un engagement associatif notamment sportif trop peu valorisé par l’administration. Sans incitation de sa part, rares sont les étudiants qui fréquentent régulièrement les entraînements proposés par le Bureau des Sports.
Sur son tout nouveau site, Sciences Po Lille met en avant ses “30 associations {qui} contribuent au rayonnement local, national et international de l’école”1. Le Bureau Des Sports (BDS) y est présent mais sous les couleurs d’un ancien logo, celui de l’année universitaire 2023-2024. Cette erreur qui touche aussi les autres bureaux (le Bureau Des Étudiants et celui des Arts sont présentés par leurs logos de 2021-2022) illustre un sentiment partagé par les étudiants : leurs engagements associatifs manquent de valorisation. L’administration incite ses élèves à s’investir au sein des associations notamment en libérant une demi-journée, le jeudi après-midi, pour ces activités. Mais une fois entrés dans la vie associative, les bénéfices de leur investissement peinent à se faire sentir.
Un système sportif à bout de souffle
La participation aux entraînements proposés par le BDS mais aussi l’investissement en son sein cristallise ce manque de reconnaissance de l’administration. Cette association, régie par la loi de 1901, occupe deux rôles significatifs : la promotion du sport via l’organisation d’évènements et l’organisation de la pratique sportive proposée aux étudiants. Anouk Bellec, trésorière pour l’année 2025-2026, nous explique que cette seconde mission en fait une association à part, ce qui s’illustre par les financements qui lui sont alloués par l’administration. En effet, elle occupe la première place en termes de fonds. Ce n’est pas anodin : le “responsable des sports“ doit réserver toutes les infrastructures nécessaires aux 18 sports proposés. Stades de football, couloirs de natation, terrains de badminton ou de tennis : c’est une vaste organisation. Certes, le soutien financier de l’administration est indéniable mais les étudiants déplorent un manque d’accompagnement global.
« La plupart des étudiants qui portent ce système – membres du bureau et coachs – sont en 2ème année » nous dit la vice-présidente Loreen Rolland. Ces étudiants n’ont ainsi pas forcément de compétences préexistantes en termes d’encadrement d’équipe ou même sportives. L’atout majeur de ce modèle est justement que ces compétences se forgent tout au long de l’année. Mais cela nécessite un investissement important en parallèle de l’enseignement pour des jeunes adultes. D’autant plus que très rares sont les absences autorisées pour cause d’engagement associatif. En outre, les contraintes d’agenda font que certains cours (notamment les LV3) sont organisés le jeudi après-midi, moment supposé libre pour la vie associative. Certains étudiants sont ainsi empêchés de participer aux rencontres sportives universitaires.
Une pratique sportive obligatoire jusqu’en 2019
Ce système sportif porté par le BDS n’est en vigueur que depuis 2019. Le conseil d’administration a décidé, cette année-là, de supprimer le cours de sport obligatoire 2. Cet enseignement pouvait être complété par une pratique sportive en compétition organisée par le BDS. A cette suppression plusieurs raisons : le départ à la retraite du professeur en charge M. Lemoine, l’« explosion » 3. des frais de location des infrastructures et la baisse de l’assiduité des étudiants. Le président du BDS de l’époque présente alors un projet : transformer le bureau en une association sportive qui proposerait des entraînements aux élèves volontaires. Le bureau serait appuyé par la communication de l’école mais il bénéficierait aussi de l’aide d’un étudiant en STAPS rémunéré. Et surtout, la pratique sportive serait valorisée par des crédits ECTS supplémentaires.
De ce projet reste aujourd’hui, sept ans plus tard, seulement la refonte du BDS en AS et l’appui communicationnel de l’école. Certes, l’offre sportive a augmenté : environ 50 heures de créneaux sportifs dans 18 sports différents sont proposés chaque semaine contre une trentaine par le BDS autrefois. Mais l’assiduité, difficile à estimer, est assez faible surtout en période hivernale ou d’examens. Les 40 coaches (environ 2 par sport) peuvent avoir du mal à recruter des joueurs pour venir aux compétitions alors que plus de 400 étudiants sont licenciés 4. Au-delà de cela, le directeur sportif est seul pour encadrer les 40 coaches et dialoguer avec l’université, la mairie et les gardiens d’infrastructures.
Les bienfaits du sport remis en cause ?
Certes, un institut d’études politiques n’a pas vocation à former des sportifs mais les bénéfices du sport ne sont plus à présenter. Valoriser la pratique sportive inciterait les étudiants à prendre soin de leur santé physique mais aussi mentale d’autant plus que la grisaille lilloise atteint très rapidement leur moral. Faire partie d’une équipe est aussi un moyen de diversifier ses relations sociales dans une école où les promotions ont tendance à rester entre-elles. Cet hiver 2025-2026, marqué par un enchaînement d’examens sans véritable pause pédagogique, a justement été mal vécu par de nombreux étudiants. En effet, les élèves étaient évalués fin décembre mais aussi début janvier pour leur semaine de partiels particulièrement intense. Pierre-Louis, étudiant en deuxième année et très actif dans la vie associative de l’école 5. explique que l’équilibre entre assiduité scolaire, engagement associatif et vie privée était fragile cet hiver. Les deux premières occupations ayant pris le pas sur la troisième ce qui risquait de menacer sa santé mentale. S’il n’avait pas déserté les entraînements de volley-ball, nous dit-il, peut-être aurait-il trouvé une bouffée d’air au cours de ces longues semaines. Mais sans incitation, les étudiants ont du mal à se forger l’habitude de rejoindre leurs coaches deux fois par semaine. Surtout lorsque les températures frôlent le 0°C.
Le problème n’est pas le goût des étudiants pour le sport, en témoigne la participation de plus de 240 d’entre-eux aux Jeux Inter Sciences Po, tournoi sportif où tous les Sciences Po de France s’affrontent à Pâques. Cette année organisés par leur école, les étudiants lillois ont répondu à l’appel et ont décroché la 4ème place du classement, leur meilleur résultat depuis des années. La grande majorité des autres IEP de France, quant à eux, semblent reconnaître les vertus du sport puisqu’ils l’intègrent dans leur cursus par un enseignement obligatoire ou une pratique valorisée 6. L’implantation du nouveau système n’a pas été suivie par l’administration dans une période où l’attention était focalisée sur la pandémie. Celle-ci désormais réglée, il serait temps de faire un état des lieux de l’instauration du nouveau système sportif.
Plus largement, la vie associative de l’école est peu soutenue alors que l’institut reconnaît sur son site qu’elle participe à son attractivité. Du côté des étudiants, les simulations Mun, la participation à des médias, l’organisation de conférences et d’activités culturelles ou sportives sont autant d’expériences valorisables sur le marché de l’emploi. Elles devraient donc pouvoir justifier d’absences ou être reconnues dans le cursus scolaire. Si l’administration fait le choix de déléguer totalement la vie associative à ses étudiants, pour les professionnaliser, elle devrait leur octroyer les conditions nécessaires à cet objectif. Contacté, le directeur de l’école Etienne Peyrat rappelle que l’« organisation actuelle avait donné lieu à des échanges assez approfondis avec les associations étudiantes ». Peut-être serait-il temps d’initier de nouveaux échanges.
- Cf site de Sciences Po Lille (https://sciencespo-lille.eu/vie-du-campus/nos-associations/)
- Procès-Verbal du Conseil d’administration du mercredi 26 juin 2019
- Ibid
- Selon la trésorerie du BDS
- Président de l’Arène et Vice-président du Bec et la Plume
- Pratique obligatoire à Sciences Po Aix, Grenoble et Lyon ; valorisée à Bordeaux, Toulouse, Rennes, Paris et Fontainebleau. Cf sites des écoles.

