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Élections du CA – Interview de la liste “Solidaires Étudiant.e.s”

Dans le cadre des élections du Conseil d’Administration de Sciences Po Lille, La Manufacture donne la parole aux trois listes candidates. 10 questions ont été posées à la liste “Solidaires Étudiant.e.s” (tête de liste : Anaïs El Houfi) afin de permettre aux candidats de cette liste d’exprimer leurs positions, leurs divergences avec les autres listes ou encore leur conception du rapport à entretenir avec la Direction. Vous pouvez retrouver l’interview des listes “Alter’Éco” et “S’engager” sur La Manufacture.  

La Manufacture : En quoi votre liste se distingue-t-elle des autres listes candidates à l’élection au Conseil d’Administration ?

La liste “Solidaires Étudiant.e.s” : La différence réside dans le fait que nous ne sommes pas une simple liste qui sera dissoute au bout de quelques années. Nous sommes un syndicat présent depuis 10 ans à l’IEP. Cette année sera notre 11ème d’année d’exercice au sein de l’IEP ce qui veut dire que nous avons de l’expérience, que nous savons comment l’école fonctionne et surtout nous pouvons mener des projets sur le long terme. Cela veut aussi dire que nous sommes présent-e-s tout au long de l’année pour répondre aux questions et aux problèmes des étudiant-e-s, ou pour se mobiliser, nous ne disparaîtrons pas après les élections. De par notre statut de syndicat, nous avons des liens avec l’Université au niveau lillois, mais également au niveau national ainsi qu’avec d’autres syndicats locaux professionnels. Nous possédons une vision globale de l’enseignement supérieur et qui n’est pas cloisonné au monde de l’IEP. Mais le fait que nous soyons relié-e-s à Solidaires étudiant-e-s au niveau national ne change rien par rapport à notre indépendance : notre syndicat est autogestionnaire, et nous n’avons aucun compte à rendre à personne. La différence réside également dans notre caractère combatif. Nos élu-e-s, ainsi que toustes nos membres n’ont jamais eu peur de s’opposer aux membres de la direction. Notre but n’est pas de nous faire bien voir par la direction et d’ajouter une ligne sur notre CV, mais bien de défendre les droits des étudiant-e-s et ce peu importe si nos prises de parole ne sont pas appréciées par la direction.

Comment souhaitez-vous établir votre relation avec la Direction : coopération ou rapport de force ?

Le rapport de force est toujours nécessaire pour pouvoir ensuite négocier. Ce qui ne nous empêche pas de coopérer avec la direction quand cela est possible et efficace.

Votre liste se positionne principalement sur quelle thématique ?

Nous défendons la possibilité pour les étudiant-e-s de suivre leur scolarité dans les meilleures conditions : sans précarité, sans discriminations et dans un bon état de santé. Ainsi nous sommes particulièrement actif-ve-s sur les combats contre la précarité étudiante, combat que nous pouvons porter notamment grâce à notre ancrage lillois et au CROUS, car nous sommes la seule liste à avoir des élu-e-s au CROUS ! Les conditions sociales des étudiant-e-s sont également un thème important à l’IEP. Nous avons pu réformer la Commission d’Aides Sociales, la plus utile à nos yeux, en 2019 pour permettre d’y allouer un montant plus important, et nous continuons d’y suivre les améliorations possibles. Nous demandons par exemple la mise en place de chèque-livres pour tou-te-s les étudiant-e-s boursier-e-s. Les discriminations sont également très présentes et constituent de graves problèmes à l’IEP. Conscient-e-s de cela nous avons été actif-ve-s depuis des années aux côtés de BCBG pour permettre les réformes nécessaires contre le sexisme : charte égalité de genre, réécriture des chants corporatistes, safe zones en soirée… Cette année, nous serons particulièrement vigilant-e-s aux formations mises en place qu’il nous paraît important de renforcer, ainsi que la prise de responsabilité par l’IEP pour faire de la prévention dans les soirées corporatistes. Nous avons également le projet de création d’une charte antiraciste, sur laquelle nous avons déjà commencé le travail, et voulons également travailler sur le handicap à l’IEP. Enfin, la santé des étudiant-e-s, qu’elle soit mentale ou physique, est un sujet capital. Il s’agit aussi d’un sujet sur lequel nous nous engageons, comme le prouve notre demande d’une alternative à la 3A ou de formation du personnel administratif, ainsi que notre demande d’avoir un-e psychologue et un-e infirmière à l’IEP.

Quelles sont les propositions que vous menez et que vous considérez comme les plus ambitieuses ?

Par exemple, la possibilité pour les étudiant-e-s d’être moins infantilisé-e-s en supprimant le contrôle des absences et les sanctions liés à celui-ci. Ou encore la création d’un équivalent licence pour que les étudiant-e-s ne soient pas coincé-e-s à l’IEP et puissent réaliser le master qu’iels souhaitent et non pas seulement ce qu’iels obtiennent à l’IEP. Finalement, nous n’avons eu de cesse de demander la baisse des frais d’inscription et notamment des frais modulés pour les étudiant-e-s chinois-e-s qui sont aujourd’hui les seul-e-s à devoir payer 4000€/an et ce peu importe leurs revenus. Malgré tout, nous ne baissons pas les bras sur ces mesures et continuerons à les défendre durant les Conseils d’administration et réunions. En espérant avoir le soutien d’autres listes et pouvoir engager de réelles discussions avec la direction.

Quelle sera votre première proposition que vous porterez lors de la première séance de Conseil d’Administration de l’année ?

Malheureusement un Conseil d’Administration ne marche pas comme ça. Les élu-e-s étudiant-e-s sont sous-considérés et on écoute rarement leurs revendications qui sont placées en toute fin de CA dans la partie des “questions diverses”. Par ailleurs, les prises de parole dépendent de l’ordre du jour du CA. Pour les élu-e-s étudiant-e-s, le CA est généralement une “caisse enregistreuse” des changements actés auparavant. Notre combat ne fait donc que finir au CA, mais il est avant bien plus vaste. Malgré cela, nous sommes en plein travail pour demander une charte antiraciste à l’IEP, mais également pour demander le respect des aménagements d’études pour les étudiant-e-s en situation de handicap, et nous espérons pouvoir parler de ces sujets lors du prochain CA.

Des représentants représentent des représentés : comment vos potentiels futurs élus feront pour garder le lien avec ces derniers ?

Nos élu-e-s disposent d’un mandat impératif, cela signifie qu’iels représentent le syndicat et plus globalement les étudiant-e-s. Cela signifie également que ce mandat peut être retiré si un-e élu-e ne respecte pas sa part. Nous organisons des réunions presque toutes les semaines, que ce soit pour faire le point sur nos projets ou pour organiser les diverses commissions ou conseils d’administration. Nous sommes présent-e-s sur différents réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter) et nous disposons d’une boîte mail afin que le contact entre les étudiant-e-s et nous soit simple. Si des étudiant-e-s veulent nous faire remonter quelque chose, ou ont des remarques à nous faire, il suffit de nous contacter. Par ailleurs, l’accès à nos réunions est libre : il n’y a pas besoin d’être encarté ou quoique ce soit. Nous essaierons cependant d’organiser plus de réunions publiques pour les personnes qui n’osent pas forcément venir à nos réunions communes.

Votre liste collabore-t-elle avec des associations d’autres IEP ?

Nous faisons partie avec Solidaires Etudiant-e-s Lille de la fédération Solidaires Etudiant-e-s. Des syndicats Solidaires Etudiant-e-s existent aussi dans différents IEP tels que ceux de Lyon, Paris, Aix-en-Provence et Rennes. Nous sommes donc en contact fréquent avec ces autres syndicats, ce qui nous permet d’avoir une vision d’ensemble des actions et méthodes se déroulant dans les IEP de France, et parfois de coordonner nos actions. Nous avons pu le faire il y a deux ans pour demander conjointement avec d’autres listes sympathisantes des IEP de Toulouse, Rennes, et Saint-Germain-En-Laye pour demander l’abolition des frais d’inscription au concours commun. Cela nous a permis d’écrire ensemble un communiqué sur le sujet, signé par dix autres listes de plusieurs IEP. Nous pensons que décentrer notre vision pour voir au-delà de notre petit IEP est crucial et c’est pourquoi nous cultivons nos liens avec tous les autres syndicats Solidaires Etudiant-e-s. Nous vous invitons d’ailleurs à les suivre aussi sur leurs réseaux !

Qu’est-ce qui est à améliorer sur le plan écologique à l’IEP de Lille ?

Nous pensons qu’il est nécessaire de réaliser le bilan carbone de l’IEP. Il est important de se rendre compte de l’impact de certains dysfonctionnements, comme un chauffage trop fort dans certaines salles car centralisé, des lumières qui ne s’éteignent pas, etc… Cependant, nous pensons que ce bilan carbone doit être réalisé par un-e expert-e et non pas être la conséquence de travail gratuit réalisé par des étudiant-e-s. Nous souhaitons également que les cafétérias actuelles présentes dans l’IEP et la BU soient remplacées. Celles-ci coûtent trop cher, et ne sont pas écologiques notamment au vu du nombre d’emballages qu’elles produisent. Nous pensons qu’elles devraient être remplacées par des cafétérias CROUS afin d’être accessibles à toustes, et en mettant en place une garantie avec des alternatives végétariennes et véganes. Les cafétérias CROUS ont l’avantage d’être largement moins chères que les cafétérias actuelles puisqu’elles ne cherchent pas le profit, elles permettent aussi d’y avoir des menus à 1 euro pour les étudiant-e-s boursier-e-s.

Ce serait donc un changement extrêmement important pour le quotidien des étudiant-e-s de l’IEP. Finalement, nous pensons que la compensation carbone pour les étudiant-e-s de 3A et 5A ou pour les étudiant-e-s qui doivent prendre l’avion pour rentrer chez elleux peut être une bonne solution pour promouvoir des modes de déplacement plus écologiques. Cela veut dire que quand il est possible de prendre le train plutôt que l’avion, mais que cela est plus cher, l’IEP devrait payer la différence de prix. Ainsi, les étudiant-e-s habitant vers Toulouse pourraient choisir de prendre le train plutôt que l’avion, de même pour les étudiant-e-s partant en 3A ou en 5A dans des pays européens voisins (Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni…). L’IEP a également une responsabilité en tant que lieu de formation de donner des cours à thème écologiques à toustes les étudiant-e-s de 1A et 2A. Cela doit permettre de penser la crise écologique et de permettre de mettre en avant des alternatives au système actuel.

Comment souhaitez-vous lutter contre les VSS ?

Notre lutte contre les VSS date de bien avant Sciences Porcs qui n’a fait que mettre en lumière des problèmes que la direction s’efforçait d’ignorer. Nous sommes évidemment ravi-e-s de voir que certaines des propositions que l’on faisait depuis longtemps sont maintenant non seulement appliquées mais surtout normalisées. Malgré tout, la lutte contre les VSS reste un sujet important. Nous pensons notamment que l’IEP doit arrêter de se déresponsabiliser et de faire peser le poids sur des étudiant-e-s non professionnel-le-s. La prévention contre les VSS relève de la responsabilité de l’IEP, c’est à elleux de fournir les moyens techniques et financiers pour mettre cela en place. Cette année par exemple, la direction n’a pas participé à l’intégration notamment pour la mise en place de safe zones, ou de distribution de préservatifs par exemple. Un autre constat important que nous faisons, c’est le besoin de renforcer les formations qui existent aujourd’hui. Il serait par exemple pertinent d’avoir des formations qui portent sur autre chose que le consentement.
Cela permettrait peut-être de ne plus avoir à entendre de commentaires misogynes de la part de certain-e-s professeur-e-s, qui peuvent parfois être très violent-e-s. Il faut également que ces formations soient vraiment obligatoires, et que la communication vis-à-vis de celles-ci soient plus transparentes afin d’éviter les absences à ces formations, comme cela a pu se passer cette année pour les formations des étudiant-e-s.
Finalement, nous regrettons que la direction aujourd’hui se félicite d’avoir renvoyé pour un an seulement un agresseur sexuel. Non seulement nous voulons de réelles sanctions contre les agresseur-euse-s, mais nous souhaitons également que la direction cesse de mettre des sanctions aussi ridicules en avant comme une grande avancée. En effet, un an ce n’est pas suffisant pour la sécurité de toustes, et ce genre de sanctions aurait dû être faite depuis plusieurs années déjà.

 

Le scrutin de l’Élection des représentantes et des représentants des étudiantes et des étudiants au Conseil d’Administration (NDLR : Instance capitale de l’IEP, statuant – entre autres – sur son organisation et son budget) de Sciences Po Lille sera ouvert les 24 et 25 novembre. 9 représentants seront élus.

 

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