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Blackfish, ou le revers de la captivité

 

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UN DOCUMENTAIRE SALUÉ PAR LA CRITIQUE

« Blackfish est un documentaire agressif et passionné qui va faire changer le regard que vous portez sur les spectacles d’orques » résume le site Rotten Tomatoes, connu pour ses critiques, lors de la présentation du documentaire. Réalisé par Gabriela Cowperthwaite pendant l’été 2013, ce dernier revient sur la vie de l’orque Tilikum,  responsable de la mort de trois personnes; et montre sans pudeur les conditions de captivité des cétacés dans les parcs d’attraction comme Seaworld aux États Unis et Loro Parque en Espagne. D’abord diffusé sur les grandes chaines de télévision américaine comme CNN, le documentaire a captivé 21 millions de téléspectateurs avant d’étendre son audimat au reste du monde en devenant l’un des documentaires les plus populaires sur Netflix.

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La force du documentaire réside probablement dans la décision de faire témoigner, aux côtés d’une poignée de scientifiques, d’anciens dresseurs qui étaient précisément au cœur du système que la réalisatrice dénonce. Ces derniers accusent le parc SeaWorld de les avoir mal informés, ou trompés, sur le danger que représentent les orques en captivité, et s’expriment en faveur de leur libération.

Si le documentaire a remporté quatre récompenses et cinq nominations dans le monde du cinéma, il se voit toutefois critiqué pour l’absence de confrontation des points de vue, due au refus de SeaWorld de participer au projet.

 

TILIKUM, L’ORQUE DÉTRUIT PAR LA CAPTIVITÉ

Blackfish se concentre sur la vie de Tilikum: sa capture en 1983 au large de l’Islande, l’animosité des autres orques retenus en captivité à son égard et, enfin, à son isolement dans un bassin (jusqu’à sa mort, en janvier 2017). Le documentaire ne cache rien : en montrant l’arrachement des jeunes orques à leur habitat naturel, leur cloisonnement dans des bassins plongés dans le noir, les marques des attaques entre orques après les punitions collectives, le film abat le rideau des coulisses des spectacles aquatiques.

En effet, en captivité, les orques vivent en moyenne 25 ans, contre 60 ans (pour les mâles) et 100 ans (pour les femelles) dans la nature. Autre signe distinctif : l’aileron courbé, très répandu chez les orques en captivité alors qu’il est quasiment introuvable hors des parcs. Mais c’est surtout les conditions psychologiques qui interpellent Sam Simon, en visite dans le parc de Mundo Marino en Argentine :  « La captivité est la pire des maltraitances pour ces animaux très sensibles. De plus, ils vivent en groupe, et en isoler un parce qu’il est sexuellement frustré, en colère, déprimé et hostile à ses formateurs, ne peut être que dangereux pour lui-même et les humains qu’il côtoie.« 

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Derrière les splash de fin et les applaudissements du public trempé, la réalisatrice lève le voile sur l’enfer des conditions de vie des orques, tout en revenant sur les attaques dont ces derniers sont à l’origine.

 

A QUI LA FAUTE ?

Si on recense une cinquantaine d’attaques sur les hommes dans les parcs marins depuis les années 1960, aucune attaque mortelle n’est connue dans la nature, selon le chercheur Howard Garrett. Alors, à qui la faute ? La journaliste Jane Velez-Mitchell, au lendemain de l’attaque de Dawn Brancheau (décédée le 24 février 2010), accuse les parcs : « “If you were in a bathtub for 25 years, don’t you think you’d get a little psychotic? » (Si vous étiez enfermé dans une baignoire pendant 25 ans, ne pensez-vous pas que vous deviendriez un peu psychotique ?).

Mark Simmons, ancien dresseur, rejette cette accusation : « [Ceux qui sont contre] veulent prouver le théorème que la captivité les rend fous. Et c’est totalement faux» Contre lui, Laura Marino, une neuro-scientifique américaine, précise que les études montrent que « tous les orques sont psychologiquement traumatisés en captivité. Ce sont des bombes à retardement, ce n’est pas seulement Tilikum ». Une différence radicale d’opinion sur les conséquences de la captivité, qui pousse les scientifiques à dénoncer les parcs marins.

UN CHANGEMENT DE REGARD PERMIS PAR LA SCIENCE

Loin de sa réputation de prédateur gigantesque et cruel aux 48 dents aiguisées, l’orque est un animal social, dans un océan où chaque communauté diffère et a son propre « langage » : « Chaque communauté se comporte à sa manière :  chacune dispose d’un répertoire complet de vocalises qui ne se répètent pas. Vous pourriez appeler ça ses langages. Mais pour la communauté scientifique, seuls les Hommes ont une langue. » explique Howard Garrett.

Laura Marino revient sur la découverte du cerveau de l’animal au scanner : « Ils ont une partie du cerveau que les humains n’ont pas. […] La conclusion la plus certaine serait que ces animaux ont une vie affective très élaborée. Ils ont une conscience, un lien socio-émotionnel qu’ils ont porté à un autre niveau : bien plus fort et plus complexe que les autres mammifères, y compris l’Homme ».

BLACKFISH CHARGE SEAWORLD 

La large diffusion du documentaire s’est suivie d’un appel au boycott des parcs marins, relayé par les associations de défense de la nature comme PETA et GreenPeace. Le mot d’ordre « #boycottSeaWorld » a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter.

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Pour le géant du divertissement aquatique, SeaWorld,  l’après-Blackfish s’est d’abord traduit en termes financiers avec une baisse de la fréquentation de ses parcs : à mesure que les partenaires commerciaux s’éloignaient (Southwest Airlines, Virgin America, Hyundai, Taco Bell,…) et que les célébrités appelaient au boycott des parcs aquatique, l’entreprise voyait sa cotation en bourse plonger.

Le parc accuse le documentaire d’être « un film de propagande » et s’appuie sur les témoignages de deux soigneurs interrogés, Bridgette Pirtle et Mark Simmons, qui affirment avoir été manipulés par la production et qui ont renié le sens du film à sa sortie. L’entreprise répond au documentaire sur twitter en publiant « 69 raisons de ne pas croire Blackfish« .

UN DOCUMENTAIRE  QUI RELANCE LE DÉBAT DE LA LÉGITIMITÉ DES PARCS 

Film de propagande ou documentaire choc, Blackfish n’en finit pas d’interroger sur la captivité des animaux marins, et par extension de toutes les espèces.

Si les spectacles d’animaux marins semblent de plus en plus intolérables aux yeux des spectateurs, la question de la captivité des animaux ne connait pas le même consensus. En effet, les parcs marins – tout comme les zoo – permettent à l’Homme de voir des espèces qu’il n’aurait probablement jamais pu rencontrer en liberté, et de mieux connaitre la nature qui l’entoure. « Je ne peux pas imaginer une société qui aurait accordé autant d’intérêt aux animaux marins sans ces parcs à thème » défend Mark Simmons.

Mais en finir avec la captivité des animaux serait une façon de changer notre regard et notre comportement sur la nature. Les parcs alimentent l’idée que l’Homme est le maître de son environnement, jusqu’à faire de lui un de ses divertissements. « Je ne tiens pas à ce que ma fille grandisse en pensant qu’il est normal que ces animaux intelligents vivent dans un bassin en béton. Je ne veux pas qu’elle pense que nous sommes sur terre pour traiter les animaux de cette façon. » explique Jon Jett.

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Le documentaire fait avancer la lutte contre la captivité des animaux marins dans les parcs à thème : après le scandale du documentaire, SeaWorld a annoncé la suppression des spectacles d’orques dans son parc de San Diego d’ici 2017 (ceux de San Antonio et Orlando doivent suivre en 2019). Une victoire pour la réalisatrice du documentaire qui confie ne s’être jamais attendue à de telles conséquences.

Tandis que le nombre de défenseurs des animaux en captivité s’étend dans le monde, les parcs et les gouvernements reconnaissent qu’il est temps de changer les conditions de vie des animaux, et le regard que l’on porte sur eux. En mai 2017, l’ancienne ministre de l’écologie, Ségolène Royal, signe un arrêté ministériel sur les parcs marins : « la reproduction des orques et des dauphins actuellement détenus en France est désormais interdite. ». Ce qui signifierait à terme la fermeture des delphinariums. Une victoire, selon la ministre.

 

Anne-Lyvia Tollinchi

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