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Cérémonie des oscars 2018: que retenir de cette première année sans Harvey Weinstein ?

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Si cette cérémonie des oscars 2018 devait être résumée en deux mots, ils seraient : belle cérémonie sans véritable surprise. Après une cérémonie 2017 mémorable (on se souviendra du mic-mac La La Land/ Moonlight au moment de l’annonce du grand gagnant de l’oscar du meilleur film), cette édition 2018 était attendue de pied ferme suite à une affaire… Cette affaire est le plus gros scandale que le cinéma américain ait connu à ce jour : une affaire d’agressions sexuelles et viols à répétition commis par un géant de la production cinématographique, Harvey Weinstein.

Voici donc un petit résumé de cette cérémonie, pour ceux qui l’auraient loupée ou veulent se renseigner sur cette édition 2018 des oscars.

 Une cérémonie réussie se déroulant sur fond féministe et moralisateur

            La cérémonie fut animée par Jimmy Kimmel, grand présentateur de talk-show américain. Son ouverture de la cérémonie marqua l’importance qu’a eu la chute d’Harvey Weinstein pour le monde du cinéma : « Oscar est l’homme le plus respecté et aimé à Hollywood. Et il y a une bonne raison : regardez-le. Il garde ses mains en vue, ne dit jamais un mot grossier et le plus important, pas de pénis du tout. » Mais, malgré une ouverture très réussie, la cérémonie fut quand-même beaucoup moins politique que les Golden Globes, il n’y eut au final que trop peu de prises de parole fortes ou de témoignages. Voici ceux qu’il faut retenir :

  • Le témoigage d’Ashley Judd, Annabella Sciorra et Salma Hayek. Toutes trois ont été, en effet, victimes d’Harvey Weinstein. Elles ont évoqué le mouvement Time’s Up et demandé plus de diversités aux oscars, qui restent quand-même très masculins et blancs.
  • Le discours marquant de Lupita Nyong’o et Kumail Nanjiani sur les immigrés : «Nous sommes des rêveurs, nous avons grandi en rêvant de travailler un jour au cinéma, les rêves sont à la base d’Hollywood, les rêves sont la base de l’Amérique, et ainsi de suite pour tous les rêveurs, nous sommes avec vous.»
  • Et enfin le discours féministe de Frances Mcdormand. Cette dernière a fait se lever et faire applaudir toutes les femmes nommées cette année pour souligner l’importance des femmes dans l’industrie hollywoodienne. Mais ce qui a principalement enflammé internet est un terme énigmatique qu’elle utilisa à la fin de son discours « inclusion rider ». Ce mot désigne une clause qui permet aux acteurs d’avoir un pouvoir sur la représentation des minorités qu’ils veulent dans leur film. Elle fut utilisée par une universitaire en 2014. Chacun peut donc demander une meilleure répartition des rôles. Par cette phrase, Frances Mcdormand a espéré faire en sorte que cette clause devienne plus répandue et surtout que l’académie des oscars se pose un peu plus de questions sur le manque de représentativité des minorités. Il faudrait que cette close (découverte uniquement il y a 5 jours par Mcdormand) devienne essentielle et ne restent pas uniquement une option aux contrats.

 Quatre acteurs et actrices récompensés sans surprise pour des rôles magnifiques

            Et ce fut enfin Gary Oldman qui gagna l’oscar du meilleur acteur pour « Les heures sombres ». Sa performance était typiquement un rôle à oscars mais cela n’enlève rien à son mérite. Il ne l’avait jamais eu, cet oscar, et son rôle de grand personnage historique (Churchill) animé par un jeu incroyable est typiquement ce qui plait à l’académie. Après avoir gagné le Golden Globes du meilleur acteur dans un film dramatique, il y avait peu de suspense quant-à sa récompense aux oscars. Son principal rival aurait été James Franco (vainqueur du Golden Globes dans un film musical ou comédie), ci celui-ci n’avait pas été accusé de harcèlement sexuel entre temps. Franco ne fut donc évidemment pas nominé.

Les oscars du meilleur acteur et de la meilleure actrice dans un second rôle furent respectivement attribués à Sam Rockwell pour « 3 Billboards, les panneaux de la vengeance » et Allison Janney pour « Moi, Tonya ». Ces deux vainqueurs étaient également attendus, même si un doute planait pour Rockwell. En effet, de nombreuses personnes critiquent son personnage qui ferait l’apologie du racisme. L’académie a heureusement compris qu’il ne fallait pas confondre propos du film et propos du personnage. Quant- à Allison Janney, sa principale concurrente étant Octavia Spencer pour « La forme de l’eau », sa récompense n’est en aucun cas étonnante, Spencer ayant déjà reçu un oscar.

Frances Mcdormand gagna pour son rôle dans « 3 Billboards, les panneaux de la vengeance » son deuxième oscar de sa carrière. Sa performance était des plus belles (même si c’était une performance qu’on attendait de sa part) et il ne fait aucun doute que dans quelques années, on se souviendra de la performance de Mcdormand mais moins du film. L’académie a encore une fois choisi de faire dans la facilité, en ne choisissant ni la jeunesse (Saoirse Ronan pour « Lady bird »), ni un rôle particulier à handicap (Sally Hawkins pour « La forme de l’eau »), mais en choisissant un rôle à oscars. On peut également noter que l’oscar ne fut pas remis à l’actrice par Casey Affleck comme le veut la tradition, ce dernier étant accusé de harcèlement sexuel.

Un film qui deviendra culte ayant tout raflé : « La forme de l’eau » de Guillermo Del Toro

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    And the Oscar goes to…. “Shape of water”. Comme dans de nombreuses cérémonies des oscars, un film part avec de nombreuses statuettes et devient le véritable gagnant. En 2018 ce film fut « La forme de l’eau ». Meilleur réalisateur, meilleur film, meilleure musique pour le français Alexandre Desplat (son deuxième oscar après « The grand Budapest Hotel ») et meilleure direction artistique. Chaque année, un film ressort grand gagnant de la cérémonie et cette année c’est « La forme de l’eau ». Contrairement à la cérémonie de l’année dernière, la compétition fut très serrée. En 2017, tout le monde savait que « La La Land » allait tout rafler.

Ce chef d’œuvre, tout à fait dans l’air du temps, propose un discours fort sur les minorités et dispose d’une grande puissance émotionnelle accompagnée d’une beauté visuelle. C’est une histoire d’intersectionnalité qui propose une relecture des Etats-Unis du point de vue des minorités opprimées. Le choix de l’académie fut donc en quelque sorte politique. Ce film est une grande fable qui restera dans les mémoires.

Del Toro a également voulu marquer les esprits en commençant son discours par « je suis un immigrant ». Même si le problème de représentativité des minorités aux oscars vient surtout des femmes et des noirs, Del Toro a raison de commencer son discours comme cela. Dans les cinq dernières années, ce fut en effet la quatrième fois qu’un mexicain gagnait l’oscar du meilleur réalisateur. Del Toro a été célébré dans cette cérémonie et il faut s’en réjouir. Lui qui était si peu académique auparavant, a fini par le devenir et gagner son oscar tant mérité.

 Un palmarès attendu entrecoupé par quelques déceptions et quelques bonnes surprises

            Après des choix d’acteurs logiques et peu politiques, les plus grandes questions venaient du choix du scénario, qui allait gagner ? L’oscar du meilleur scénario original fut attribué à Jordan Peele pour « Get Out » et il faut s’en réjouir, enfin un noir est récompensé cette année. L’oscar du meilleur scénario adapté fut attribué sans trop de surprise à « Call me by your name », auquel l’académie tenait à donner un oscar et celui-ci était le plus logique.

Pour les oscars techniques, « Dunkerque » en a récolté un beau nombre (son, mixage et montage), contrairement à « Baby Driver » qui repart bredouille, alors qu’il aurait largement mérité l’oscar du meilleur montage. Les costumes furent attribués à « Phantom Threads » et le maquillage à « Les heures sombres ». Au niveau des bonnes surprises, il faut féliciter le fait que Roger Deakins ait gagné son premier oscar pour sa quatorzième nomination pour « Blade Runner » et c’est un beau geste pour ce géant du cinéma technique. Ce dernier film reçut aussi le prix des meilleurs effets spéciaux.

Bien évidemment qu’une cérémonie des oscars ne pourrait se passer sans touche Disney, qui vient cette année (comme toutes les autres d’ailleurs) du meilleur film d’animation : « Coco ». Ce film gagna également l’oscar de la meilleure chanson originale au détriment de Sufjan Stevens et son magnifique « Mystery of love » pour « Call me by your name ».

Un autre élément à retenir : « Lady Bird », film indépendant de Greta Gerwig, qui repart bredouille malgré de nombreuses nominations. Bon, les oscars ne se féminisent manifestement toujours pas. S’il était reparti avec un prix, cela aurait pu donner un sens à cette cérémonie 2018, se voulant féministe. Cela ne va pas éviter les polémiques de représentativités cette histoire…

L’édition 2018 fut donc cinématographiquement moins divertissante que la précédente, mais beaucoup plus spectaculaire tellement la course était serrée entre les nombreux films d’excellence. La cérémonie fut extrêmement bien menée, distrayante et sympathique à voir, comme le montre l’expédition inattendue que Jimmy Kimmel organisa, accompagné d’acteurs, vers une projection voisine du lieu de la cérémonie.

Anna Lippert

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