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Les femmes crèveraient-elles enfin l’écran de verre ?

Le 5 octobre 2017, un article du New York Times faisait tomber le masque – devrait-on dire peignoir ? – du producteur Harvey Weinstein, déclenchant une vague de dénonciation sur les réseaux sociaux à l’image de #MeToo ou d’initiatives en faveur des droits des femmes comme Time’s Up. Et quelles meilleures occasions que des cérémonies comme les Césars et les Oscars pour impulser, cinq mois après, le changement dont le monde du cinéma a tant besoin ? Les femmes crèveraient-elles enfin « l’écran de verre » du cinéma ?   

Après des Golden Globes marqués par une procession d’actrices vêtues de noir – un dresscode qui sera repris pour les BAFTA en avril prochain – et un discours vibrant d’Oprah Winfrey, les éditions 2018 des Oscars et des Césars étaient attendues au tournant sur la question des femmes.

Des agresseurs au tapis

Le ton est donné dès l’entrée sur Hollywood Boulevard, où trône désormais une statue de ce cher Harvey, en peignoir sur son « Casting Couch ». A l’intérieur de la salle Pleyel et du Dolby Theatre, l’ironie était aussi de mise.

A commencer par le sketch grinçant de Blanche Gardin, pour qui les Césars sont « une sale soirée pour le cinéma : les producteurs n’ont plus le droit de violer les actrices.» et qui se demande si ces dernières ont encore « le droit de coucher pour obtenir des rôles ? Sinon, il va falloir apprendre le texte, on n’a pas le temps … ».

Car désormais, les agresseurs ne sont plus les bienvenus sur le tapis rouge. Certains, comme Casey Affleck, accusé de harcèlement et qui devait remettre l’oscar de la meilleure actrice, ont eu le bon goût de se faire porter pâle. D’autres, comme Ryan Seacrest, journaliste accusé, lui, d’agressions sexuelles par son ancienne styliste, s’est vu snobé par la plupart des stars qu’il était tenu d’interviewer … sauf par Taraji P. Henson (Les figures de l’ombre), qui lui a glissé : « Vous savez, je crois que l’Univers sait parfaitement prendre soin des gens bien. Si vous voyez ce que je veux dire … », une réplique acclamée sur la toile.

Un plafond de verre encore bien épais

Mais des commentaires bien placés vont-t-ils suffire à percer le plafond de verre ? Celui du septième art s’avère, en effet, bien épais. Un exemple flagrant en est d’ailleurs le faible nombre de femmes nominées en tant que réalisatrices à ces mêmes cérémonies.

Lors de la 90e édition des Oscars, seule une femme (Greta Gerwig pour Lady Bird) a été nommée – même observation pour les Césars, Julia Ducourneau (Grave) figurant seule sur la liste.

Le constat s’avère d’autant plus alarmant quand on remarque qu’au cours des 89 cérémonies précédentes, seulement trois femmes avaient été nominées à l’Oscar du meilleur réalisateur, pour une victoire, celle de Kathryn Bigelow (Démineurs) en 2009. Les Césars, bien qu’ayant nominé 14 quatorze femmes (ce qui reste faible sur plus de quarante éditions), ne comptent, eux aussi, qu’une lauréate : Tonie Marshall pour Vénus Beauté en 2000.

Comme l’estime la ministre de la culture Françoise Nyssen, « Il y a une marge de progression ». Un euphémisme. Dans ce contexte, quelles solutions concrètes envisager ?

Une clause d’inclusion aux Etats-Unis, des quotas en France

Récompensée du second oscar de la meilleure actrice de sa carrière, Frances McDormand prône l’utilisation de l’« inclusion rider » (clause d’inclusion), véritable levier permettant aux acteurs de n’honorer leurs engagements contractuels qu’à condition que le casting et l’équipe de tournage ne soient représentatifs de la diversité démographique (ethnie, genre, etc.).

La pratique, qui existe déjà depuis plusieurs années, a été baptisée par Stacy Smith dans un TED Talk en 2016. Après avoir visionné 800 films de 2007 à 2015, l’universitaire s’était rendue compte que sur les 35 000 personnages ayant des répliques, seul un tiers étaient interprétés par des femmes ou des filles. Smith souligne également que de telles statistiques équivalent à un échantillon de films produits entre 1946 et 1955, ce qui signifie qu’en cinquante ans, peu de choses ont évolué.

En France, une tribune publiée dans Le Monde jeudi dernier (signée par Agnès Jaoui, Juliette Binoche et Charles Berling, entre autres), demande quant à elle la création de quotas dans le financement du cinéma, s’appuyant sur l’exemple de la Suède, où à la suite de cette politique, « la proportion de réalisatrices est passée de 16% en 2012 à 38% en 2016 ». Une proposition accueillie favorablement par la Ministre de la culture, mais critiquée par Carole Bouquet, qui plaide quant à elle pour une véritable égalité salariale face à des écarts pouvant atteindre les 42%.

Agir concrètement.

Enfin, au-delà de dispositifs comme les clauses d’inclusion et les quotas, certains appellent à l’action individuelle concrète. Récompensé de l’Oscar du meilleur film, Guillermo del Toro s’est adressé aux aspirant(e)s réalisateurs : « C’est une porte. Ouvrez-la d’un coup de pied et entrez ». Frances McDormand, elle, interpelle les producteurs : « Regardez autour de vous, mesdames et messieurs, nous avons toutes des histoires à raconter et des projets qui ont besoin de financement. Ne venez pas nous en parler aux fêtes de ce soir », dit-elle, tapotant une montre imaginaire, « invitez nous dans vos bureaux d’ici quelques jours, ou vous pouvez venir dans les nôtres – selon ce qui vous arrange – et nous vous en parlerons ».

Les Oscars et les Césars 2018. Deux cérémonies se démarquant par leurs discours en faveur des femmes. Reste maintenant à espérer que de si jolis symboles se traduiront en actions concrètes ainsi qu’en récompenses et en nominations pour les éditions 2019, prouvant à Agnès Varda que pour le cinéma aussi, « Le féminisme est comme une tempête, mais avec des résultats ».

Joséphine Coadou

Source image : http://www.europe1.fr/culture/oscars-2018-frances-mcdormand-designee-meilleur-actrice-3590303

 

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