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Les films de passage à l’âge adulte aux Oscars : modes d’emplois ou miroirs déformants ?

Cette année, il semble que la cérémonie des Oscars ait maintenu un objectif : celui de donner aux artistes leur chance. Dans cette édition qui se voulait la plus inclusive possible, l’Académie des Oscars a décidé de mettre au premier plan des valeurs auparavant peu revendiquées : ont ainsi été évoqués aussi bien l’égalité des sexes que la diversité culturelle, mais aussi le soutien aux jeunes artistes à leurs débuts. Finalement, la cérémonie a mis à l’honneur la découverte, le renouveau intellectuel et artistique, et les premières fois.

Ce sont de ces premières fois dont traitent une sélection de films représentés et parfois primés cette année. Ils abordent le thème du « coming-of-age », que l’on pourrait traduire par « passage à l’âge adulte » ; cette notion implique cependant beaucoup plus. Elle se rapporte à la construction de l’identité individuelle, mais également à la recherche, fructueuse ou non, de sa place dans la société. C’est en nous invitant à partager la vie et les expériences de divers personnages que les films de cette année nous ont renvoyé différentes images du coming-of-age, plus ou moins proches de la réalité.

Des longs-métrages trop éloignés des expériences réelles ?

La représentation de l’apprentissage au cinéma peut parfois sembler loin de l’expérience que l’on en fait effectivement. Cette expérience est individuelle, subjective et aura marqué différemment chacun de nous ; mais elle n’apparaît que rarement facile et sans embûche. C’est cependant une jeunesse simple que Luca Guadagnino dépeint dans son long-métrage « Call Me By Your Name » : le spectateur y suit l’éveil sentimental et érotique d’Elio, 17 ans, qui fait l’expérience de ses premières fois, qu’elles soient amoureuses ou sexuelles.

Le film ne cache pas son côté idéaliste, plantant pour décor un été italien semblant presque hors du temps, où les journées sont consacrées à déambuler et à se reposer. Au sein de ce magnifique environnement, l’émancipation d’Elio se fait sans aucun obstacle, ce qui reste rare dans le traitement du thème de l’homosexualité. Le réalisateur nous invite d’ailleurs à ne pas considérer ce thème comme principal, préférant le généraliser au sujet de l’amour, le rendant ainsi accessible au plus grand nombre. Quel que soit le sexe, l’âge, ou encore l’orientation sexuelle, chacun peut s’identifier à Elio et ainsi se remémorer ses propres expériences. Le jeu sensible de Timothée Chalamet dans le rôle principal renforce encore la crédibilité du personnage : à 22 ans, le jeune acteur est déjà nominé dans la catégorie « Meilleur Acteur », et il semble apporter un renouveau dans les figures du cinéma, tout comme le film apporte du renouveau sur nos écrans.

Le réconfort de voir à l’écran ce que l’on a vécu

Ce renouveau artistique est porté par d’autres long-métrages en compétition, comme « Lady Bird » de Greta Gerwig. La réalisatrice signe le portrait drôle, tendre et parfois décalé d’une jeune fille rêveuse et rebelle sur les bords. Le film est construit sur la conflictualité permanente entre Christine « Lady Bird » McPherson et sa mère, qui entretiennent une relation aimante mais chaotique, et portent une histoire qui paraît plus réaliste que celle de Call Me By Your Name. Beaucoup peuvent se retrouver dans la représentation du rapport entre mère et fille, et plus généralement parent et enfant, qui devient houleux à l’adolescence. Gerwig montre sans filtre l’inadéquation presque inévitable entre les volontés d’émancipation des jeunes et les inquiétudes de leurs parents. Saoirse Ronan, qui interprète Lady Bird, sait faire partager par son jeu l’irrépressible envie de s’évader et de s’émanciper dont beaucoup font l’expérience. Le film a peut-être même, dans une certaine mesure, été alimenté par les expériences personnelles de Gerwig tant elles semblent réalistes. En tous cas, le parallèle est aisé entre le thème de la poursuite des rêves et la réalisatrice. En effet, Lady Bird est le 2e long-métrage de Gerwig, et le premier à être nominé dans diverses catégories aux Oscars, un gage de succès et de réussite pour une jeune artiste en quête de reconnaissance.

Le thème du coming-of-age est si large que l’on pourrait le relever dans d’autres films présentés aux Oscars cette année : la réalité de la guerre dans « Dunkerque », de Christopher Nolan, n’oblige-t-elle pas les personnages à grandir parfois trop vite ? La créature humanoïde de « La Forme de l’Eau » de Guillermo del Toro ne tente-t-elle pas de trouver sa place et son identité dans un monde fracturé, à l’image de la protagoniste muette et elle aussi isolée ? Le thème de la construction de soi a donc inspiré les réalisateurs cette année, et ce n’est pas pour déplaire. Après tout, c’est bien l’art qui nous fait constamment redécouvrir nos expériences et celles des autres ; c’est grâce à l’art que l’on revit la jeunesse, ses joies, ses souffrances, mais peut-être surtout sa beauté.

Adèle Chevalier

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