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Grégoire Gaonach, co-coordinateur du mouvement des Jeunes écologistes à Lille : “Il faut réfléchir à d’autres modes d’action et songer à un État d’urgence climatique !”

La marche pour le climat qui a eu lieu dans le centre-ville de Lille le 15 mars dernier a rassemblé selon ses organisateurs près de 6000 personnes, pour la plupart des jeunes. Dans la continuité de cet événement, la Manufacture donne aujourd’hui la parole à Grégoire Goanach, à la tête des Jeunes écologistes de Lille. Il nous présente son mouvement, ses modes d’action et les enjeux écologiques du scrutin européen à venir.

Présentez-nous votre parti, ses missions, son fonctionnement.

Les Jeunes écologistes sont un mouvement de jeunesse défendant l’écologie politique. C’est une organisation qui a à la fois un pied dans l’engagement associatif et un autre dans l’engagement politique. Notre but est de lutter contre le dérèglement climatique, à l’échelle française et internationale. Il s’agit aussi d’un mouvement relié à Europe Écologie-Les Verts, bien que nous gardions une très grande indépendance par rapport aux organisations politiques. Nous sommes résolument en faveur d’une Europe fédérale. Nous avons la capacité de mener des actions à l’échelle transnationale : récemment, nous avons participé à plusieurs conférences dénonçant l’utilisation du charbon. Étant proches de la frontière belge, nous avons une proximité avec nos amis écolos belges importante.

Au-delà de la portée symbolique de cette marche, qu’est-ce que vous attendez de cette journée ?

Nous ne sommes pas dupes. Nous savons qu’une manifestation de 2h ne va pas fondamentalement changer les choses. En revanche, cela permet de maintenir une certaine pression sur le gouvernement, dans l’espace médiatique. En maintenant cette pression, les politiques sont obligés de prendre et de poser le sujet de l’écologie sur la table des négociations. L’un des buts de cette manifestation [c’était] de mobiliser la jeunesse autour des idées de l’écologie et de placer le gouvernement en face de ses responsabilités. La force du nombre pousse généralement les représentants à prendre compte l’enjeu de la question et de se positionner pour garder une place dans le jeu politique. En parallèle nous essayons d’avoir nos propres actions en participant avec le collectif contre le glyphosate à des actions collectives en justice. Nous n’avons donc pas qu’un seul mode d’action. L’on mène aussi des campagnes dont le but est de défendre la santé et l’hygiène de vie des Français.

Selon vous la jeunesse est-elle la clé de la bataille face au changement climatique et peut-elle faire davantage bouger les choses que ne le font les politiques aujourd’hui ?

Vous dites cela, mais aujourd’hui, on ne peut pas considérer que grand-chose soit fait du côté politique. Il suffit de voir le discours du gouvernement : il parle de croissance verte, ce qui est impossible. On est aussi un mouvement qui milite pour la décroissance. Cela fait 40 ans que les rapports du GIEC sont alarmistes. Certes, ils disent quasiment à chaque fois la même chose, mais de manière toujours plus pessimiste. Et il faut reconnaître que rien de concret et profond n’a jamais été fait.
Nous sommes la première génération qui va vivre avec les conséquences du réchauffement climatique. C’est donc à la jeunesse de se mobiliser pour aller dans la rue. Quand l’on voit l’initiative de Greta Thunberg, cette jeune femme suédois de 16 ans qui a lancé les marches de la jeunesse pour le climat, cela montre que la jeunesse a envie d’agir. Ces élections européennes sont décisives pour l’écologie et la participation. On a constaté un véritable désengagement politique chez les jeunes de moins de 35 ans, qui sont 75% à ne pas aller voter. Lors de ces élections, il ne faudrait pas voter pour des listes qui vont encore davantage ralentir le procédé du changement qui émerge concernant la question écologique. Au delà du vote politique, il faut réfléchir à d’autres modes d’action et songer à un état d’urgence climatique ! Cependant, l’échelle européenne est la meilleure échelle pour porter des projets écologiques de manière globale sur le continent pour y opérer des changements. Notons qu’au niveau des négociations internationales, lors des COP, la France ne négocie jamais seule et ne parle jamais en son nom. Les représentants de la France sont bien là, mais les négociations se font toujours à l’échelle de l’Europe. Si les élections européennes ne sont pas un succès pour l’écologie, alors cela se fera nécessairement ressentir lors de l’organisation des futures COP en faveur du climat.

Au-delà de toutes les autres formes symboliques de mobilisation que l’on connaît, quelles sont les autres méthodes de mobilisation que vous mettez en place au sein de votre organisation ?

On organise des journées végan dans les cantines, des colocs pour alerter sur la surconsommation d’électricité pour éviter que les boutiques ne restent allumées les soirs de minuit à 6h (principe des lightoff). On lance aussi régulièrement des actions antipub. Enfin, nous réalisons des parking days, en réinvestissant les places de parking libérées et en en faisant des lieux d’échanges collectifs pour reprendre possession de l’espace public. L’idée est de montrer par ces actions que l’espace occupé par la voiture est bien trop important. Nous militons pour une piétonisation des centres-villes et une redynamisation des quartiers urbains.

Entre la sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat négocié en décembre 2015, l’échec de la COP 24, diriez-vous que la question de l’écologie est difficilement tenable ou est-ce simplement un manque de volonté politique de la part de nos représentants ?

Je tiens d’abord à préciser que la COP 24 n’a pas été un échec, au regard des objectifs qu’elle s’était fixée. L’objectif était de mettre en place des instances de contrôle des décisions prises lors de cette conférence. Et en soit, ils l’ont fait. Simplement, cela ne veut pas dire que la COP 24 a été un franc succès par rapport à l’avancée du problème écologique. Je pense sincèrement que c’est un manque d’ambition politique. Aujourd’hui il faut bien comprendre que l’on commence à ressentir les effets du dérèglement climatique engagé il y a déjà près de 40 ans. Il y a un décalage chronologique très important entre les pollutions lorsqu’elles sont émises à l’instant T, et le moment où elles agissent sur la santé des individus. Cela veut dire que dans 10 ou 20 ans nous allons commencer à ressentir les effets de ce que l’on a produit aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’en politique, et particulièrement sur la question du climat, il faut toujours avoir une vision sur le long terme.

Que diriez-vous aux jeunes qui ont refusé de se mobiliser aujourd’hui ?

Il faudrait d’abord leur dire que la politique est le seul élément qui s’occupe d’eux dans une société, même quand on ne s’occupe pas d’elle. Mais je voudrais dire simplement une chose : cette question de l’écologie ne concerne pas seulement la jeunesse, elle est, certes, un appui nécessaire dans la lutte pour le climat, mais le problème est général : ce n’est que collectivement qu’il sera résolu.

Interview : Coline Fournier

Retranscription : Baptiste Coulon

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