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La lutte contre le racisme dans le football, un combat semé d’embûche mais tout sauf impossible

Ce samedi 3 août, un nouveau scandale a éclaboussé le monde du football. Le joueur brésilien Malcom, en provenance du FC Barcelone, a été accueilli par une banderole à caractère raciste brandie par une frange extrémiste de supporters (dite « Landskrona »), de son nouveau club le Zénith Saint-Pétersbourg. Pour certains, c’est « la fois de trop ». Pour d’autres, un peu plus résignés, le problème est tellement important que l’on se demande si des mesures efficaces existent. Critiquées, car souvent bien trop laxistes, la FIFA et l’UEFA se retrouvent dans la tourmente. Face à un contexte de recrudescence des comportements racistes, l’heure est à la remise en question dans les hautes sphères dirigeantes du football mondial. Et, après des années à essayer de repousser le racisme en dehors des stades, force est de constater que le bilan est plus que mitigé. D’ailleurs, il suffit de voir la décision des dirigeants du Zénith, qui veulent se séparer de l’attaquant brésilien et ainsi céder à la pression des membres du groupe « Landskrona », pour comprendre qu’il reste encore du chemin à parcourir avant de mettre un terme aux discriminations raciales. Le cas Malcom est, malheureusement, loin d’être un acte isolé et nous rappelle qu’il est urgent d’agir pour endiguer ce fléau.

Une multiplication des actes à caractère raciste

Le racisme est une plaie qui fait rage particulièrement dans le monde du football. Sport surmédiatisé, on peut citer une multitude d’exemples dont très peu ont été sanctionnés alors que nombreux ont été dénoncés dans la presse. De San Siro au Camp Nou en passant par la Gazprom Arena, le racisme a fait son apparition dans de nombreux stades européens même ceux qui affichent « guichets fermés ». Les cas se multiplient et viennent entacher la vision que l’on a de ce sport, pourtant capable de fédérer des populations toutes entières au cours de compétitions. Que ce soit par des insultes, des chants, des cris ou même des agressions, les joueurs métis et noirs sont de plus en plus la cible d’une frange de « pseudos supporters » qui ne mérite pas d’avoir sa place dans les gradins d’un stade de football. En Europe, de nombreux championnats sont touchés, y compris les plus prestigieux. Et c’est le cas du championnat italien notamment, qui fait figure de mauvais élève ces dernières années. Pas une saison ne passe sans que l’on recense des incidents. L’un des derniers en date a particulièrement choqué, c’est celui dont a été victime la star du Napoli : Kalidou Koulibaly. Le joueur a été pris à partie par un spectateur stupide imitant des cris de singe. Le défenseur sénégalais ainsi que d’autres joueurs de la Juventus comme le Français Blaise Matuidi sont régulièrement pris pour cible à cause de leur couleur de peau. Le football italien est gangrené par le racisme et voit ressurgir ses vieux démons. Pas si surprenant quand on constate que des groupes ultras connus comme étant racistes continuent à pouvoir assister aux matchs de leur équipe sans aucun problème. Parmi eux, les « Irriducibili ». Ce groupe de supporters de la Lazio de Rome est un habitué des actes racistes, banalisant ainsi l’incitation à la haine raciale. La saison dernière, certains membres de ce groupe ont fait parler d’eux après s’être réunis avant un match en scandant des slogans tels que « Honneur à Mussolini » et proférant des insultes envers des joueurs noirs de l’équipe rivale. Cette montée du racisme engendrée par une faible portion de supporters extrémistes en Italie inquiète les dirigeants du football européen et mondial. Mais ce n’est pas le seul championnat à blâmer puisque de tels actes ont également été commis dans le championnat français, espagnol et bien d’autres encore. En avril dernier, le capitaine de l’Amiens SC, Prince Gouano, a été victime de cris de singe perpétrés par des supporters de l’équipe adverse. Ces agissements sur les terrains sont fréquents mais on s’aperçoit également qu’ils prolifèrent dangereusement sur les réseaux sociaux. Très récemment, lors de la Coupe du monde féminine de football, la capitaine de l’Équipe de France, Wendie Renard été victime de moqueries liées à sa couleur de peau à la suite d’une mauvaise prestation. Le racisme est omniprésent dans le monde du football. Chez les femmes comme chez les hommes, chez les pros comme chez les amateurs, sur les pelouses comme en dehors. Cela complexifie donc la tâche dans la lutte contre le racisme.

Des sanctions trop clémentes et une méthode globale à revoir

Les hautes instances du football professionnel sont le plus souvent pointées du doigt. Considérées comme trop tolérantes, elles sont censées incarner l’intransigeance dans cette lutte contre le racisme. Néanmoins, il faut bien avouer que trop de comportements racistes sont commis sans que des sanctions adéquates ne soient prises. Pourtant, en 2013, la FIFA a lancé une nouvelle politique afin de réduire les discriminations. Toujours portée par le slogan « Say no to racism » cette politique se veut plus dure et sans complaisance. Véritable devise de la lutte anti-raciste, ce slogan témoigne de la volonté des puissances dirigeantes du football mondial de réduire les discriminations raciales. Les sanctions ont été alourdies puisque les clubs sont réprimés financièrement puis sont exclus de la compétition si les comportements de leurs supporters se reproduisent. Par ailleurs, un réglement simple en trois étapes est entré en vigueur. En cas de comportement raciste, un match est arrêté, puis suspendu avant d’être abandonné. Les paroles sont intéressantes mais il est regrettable que les actes ne suivent pas. D’une part, très peu d’arbitres respectent le règlement mais pire encore, ils vont même jusqu’à sanctionner les joueurs victimes qui vont à l’encontre du protocole. En 2017, le ghanéen Sulley Muntari, découragé par la succession d’insultes racistes et en signe de protestation avait décidé de quitter
le terrain. Il avait été exclu pour « comportement non-réglementaire » ce qui avait suscité la colère de toutes les associations anti-racisme. L’UEFA et la FIFA ont beau mettre en oeuvre des mesures pour lutter contre le racisme, les fédérations n’en tiennent pas rigueur et décident de leur propre politique à mener. Dans cette immense vacarme où chacun des dirigeants se renvoie la faute, le racisme continue à faire des dégâts. Les moyens et initiatives pour lutter ne semblent pas faire l’unanimité et cela ralentit la progression du combat dans sa globalité. Mais c’est surtout la dureté des sanctions qui interroge. Comment réduire la discrimination si les sanctions ne sont pas dissuasives ? En 2012, l’Euro masculin en Ukraine et en Pologne avait été teinté de nombreux incidents à l’intérieur des enceintes. La Fédération espagnole de football (RFEF) avait été condamnée à une amende de 20 000 euros à la suite d’incidents racistes relevés lors d’un match Espagne-Italie à Gdansk. Une somme dérisoire, au vue des budgets de ces fédérations, qui ne les pousse pas à faire le tri auprès de ses supporters. Depuis 2013, les nouvelles mesures prises s’avèrent insuffisantes. Certes, des progrès sont constatés puisqu’il y a des décennies il fallait faire face à un racisme organisé, c’est-à-dire que le racisme était l’agissement d’une tribune toute entière. Mais, au XXIème siècle, il est inacceptable qu’un joueur de foot soit brimé voire agressé à cause de sa couleur de peau. La route est encore longue avant de résorber complètement la haine raciale dans le football mais nombreux sont ceux qui passent à l’action pour atteindre cet objectif.

Une diversité d’acteurs s’engagent et participent

En dessous des grandes instances du foot, on s’active à des échelles moindres afin de faire bouger les lignes. L’association « Football Against Racism in Europe » (FARE) est une ONG créée en 1999. À l’initiative de différents groupes de supporters européens, elle a pour objectif de mettre au point une stratégie et une politique communes pour se battre contre le racisme. FARE invite les dirigeants et les institutions à prendre conscience du problème du racisme dans le football, à adopter, publier et promulguer une politique antiraciste, à utiliser pleinement le football pour rassembler des populations issues de différentes communautés et cultures, et à établir un partenariat avec toutes les organisations qui s’engagent pour expulser le racisme hors du football, en particulier avec les groupes de supporters. Par ailleurs, les anciens joueurs montent au créneau pour que les terrains de foot restent des lieux de respect et tolérance des différences d’autrui. Le désormais retraité et ancien milieu de terrain Olivier Dacourt a même décidé de réaliser un documentaire pour mieux comprendre les raisons du racisme dans ce sport. Intitulé « Je ne suis pas un singe », le documentaire souhaite donner la parole à tout le monde et dénoncer ce fléau qui pollue le football depuis bien longtemps. Olivier Dacourt, comme beaucoup d’autres acteurs, prône la tolérance zéro et cherche à envoyer un message fort aux instances dirigeantes qui, selon lui, négligent le problème. Tous ces anciens joueurs comme par exemple Samuel Eto’o symbolisent l’anti-racisme et se joignent au combat. Mais c’est aussi un travail que mènent les joueurs toujours en activité. Ils jouent de leur notoriété pour combattre le racisme. En 2014, le brésilien Dani Alves avait reçu en plein match une banane lancée par un supporter et l’avait mangée ce qui avait suscité une vague anti-raciste planétaire avec notamment l’utilisation du hashtag « nous sommes tous des singes ». En parallèle du monde professionnel, le football amateur souffre tout autant de ce mal. En mai 2018, les joueurs noirs du petit club français de Benfeld ont été agressés lors d’un match contre une équipe voisine. Dans cette affaire, la Ligue de football amateur du Grand-Est n’avait pris aucune sanction à l’encontre des auteurs des faits. Ces actes ont, d’une part, été beaucoup moins médiatisés et d’autre part plus difficiles à identifier car le nombre de témoin est plus faible. Et c’est parce que le football est avant tout l’école de la vie que le monde amateur ne doit pas être négliger ces discriminations. Vecteur d’éducation et d’épanouissement chez les jeunes, il est inadmissible de laisser se dérouler des matchs de foot empreints de racisme sans réagir. Alors lutter contre le racisme passe forcément par adopter des mesures fortes et les propositions ne manquent pas. Bien évidemment, l’idée d’arrêter instantanément les matchs est la réponse la plus évidente mais le problème est plus complexe. L’épisode Malcom est bien le signe qu’il reste un gros travail de sape à mener pour mettre fin au racisme en Europe. Le monde du football est conscient que la route est encore longue. Sous couvert de belles intentions, les grandes instances mènent une lutte d’apparence contre les discriminations raciales. Il ne reste plus que les dirigeants du football mondial mettent réellement l’épineux problème du racisme à leur agenda pour que les résultats se ressentent. Mais le racisme étant un problème sociétal, et parce que le football est le reflet de la société, il faudra avant tout un changement général des mentalités et une réelle conscientisation du racisme pour que des progrès se fassent sentir.

Hugo Forques

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