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Le diable ne s’habille plus en Prada, il s’habille selon la fast fashion

80 milliards de vêtements sont achetés chaque année. C’est 400% de plus qu’il y a 20 ans. Auparavant, l’industrie de la mode sortait 2 collections par an, hiver et été, alors qu’elle en sort 52 aujourd’hui, une par semaine. Ces chiffres reflètent un phénomène actuel qui a des conséquences désastreuses et pourtant souvent ignorées : c’est le phénomène de la fast fashion. Le concept est simple : acheter plus, porter moins et jeter en quantité les vêtements.

Ces pratiques destructrices sont symbolisées par des événements comme le black friday ou de grandes chaînes comme H&M. Retour sur le parcours du T-shirt que vous portez actuellement, de la production des matières premières à la poubelle. Retour inspiré par le documentaire The true cost réalisé en 2015 par Andrew Morgan, documentaire qui m’a fait ouvrir les yeux et qui, j’espère, fera de même pour vous.

Première étape : la production des matières premières

Le coton est la base principale pour fabriquer du tissu. Or, comme la demande en textile est en constante augmentation, le secteur a dû s’adapter pour répondre à cette demande. L’agriculture s’intensifie : des produits chimiques sont utilisés en abondance et les plantes modifiées génétiquement pour supporter ces produits. Les agriculteurs s’endettent pour acheter tous ces intrants mais ils sont pris dans un cercle vicieux. A mesure que le sol s’appauvrit, il est de plus en plus nécessaire d’utiliser des OGM, engrais et pesticides. Or, ces mêmes produits sont responsables d’une hausse des cancers, des anomalies à la naissance et des maladies mentales chez les agriculteurs.

Deuxième étape  : la fabrication des vêtements

Les vêtements sont souvent fabriqués par sous-traitance dans des pays en développement où les salaires sont bas. La mondialisation permet aux grandes compagnies de s’installer là où les coûts de production sont les moins élevés. Les usines sont contraintes à baisser leurs coûts pour attirer des commandes de firmes transnationales. Or, la réduction de ces coûts se fait assez souvent au détriment des normes de sécurité. En 2013, l’effondrement de l’usine Rana Plaza au Bangladesh a causé la mort de plus de 1100 personnes. Les propriétaires connaissaient les risques mais ont forcé les employés à retourner travailler. Cet accident n’est pas un cas isolé, les désastres dans les usines font assez souvent la une des journaux dans les pays en développement.

En plus d’un salaire dérisoire, ces mêmes travailleurs souffrent de mauvaises conditions de travail. Ils sont en contact permanent avec des produits chimiques dangereux pour la santé et sont violemment réprimés à la moindre protestation. Ces produits chimiques, comme le chromium, finissent dans les cours d’eau comme le Gange. Cela pose un problème pour les populations environnantes qui ne peuvent plus boire cette eau ou arroser les champs. Le développement de maladies graves dans certains pays en développement est en lien avec l’implantation de ces usines à proximité d’habitations. 

Aujourd’hui, on estime à 40 millions le nombre de travailleurs dans l’industrie du textile. Au total, c’est une personne vivante sur 6 dans le monde entier qui travaille, de quelque façon que ce soit, en lien avec l’industrie de la mode. C’est l’industrie qui emploie le plus de personnes, surtout des travailleurs pauvres. 

Troisième étape : votre consommation des vêtements

Dans nos sociétés actuelles, l’idée est répandue qu’un vêtement est un bien de consommation jetable et non plus durable comme auparavant. C’est un fait de plus en plus réel car la classe moyenne à l’échelle mondiale grossit et veut consommer plus de vêtements. On estime qu’en 2050 la consommation mondiale aura triplé. Or, seulement 20% des vêtements achetés sont actuellement portés régulièrement.

Cette fast fashion a des conséquences psychologiques non négligeables. La pression des publicités fait croire aux consommateurs qu’acheter plus rend heureux. La baisse des prix rendue possible par la mondialisation de la production permet cette augmentation des achats. Or, c’est l’effet inverse qui se produit : la montée du matérialisme créé de l’anxiété, voire de la dépression, et une insatisfaction permanente chez les consommateurs.

Enfin, d’un point de vue sanitaire, la fast fashion produit des vêtements de qualité décroissante. Il faut cependant garder en tête que ces vêtements se trouvent ensuite en contact avec notre peau, le plus grand organe du corps. Les produits chimiques, parfois nocifs, utilisés lors de la fabrication peuvent donc aussi avoir des effets négatifs sur notre propre santé.

Quatrième étape : le traitement des déchets

Avant toute chose, il faut savoir que l’américain moyen jette 37 kilogrammes de textile chaque année. A l’échelle mondiale, je vous laisse imaginer la quantité de déchets… Or, la plupart des textiles ne sont pas biodégradables et restent dans les décharges pendant 200 ans, tout en relâchant des gaz toxiques dans l’air. Même les vêtements donnés à des associations caritatives posent problème. En effet, ils finissent dans des pays du tiers-monde, tel Haïti, en telle quantité que personne ne sait où les stocker. En outre, cette arrivée de vêtements peu chers voire gratuits par conteneurs entiers constitue une concurrence déloyale à l’industrie locale qui finit par disparaître. Au final, seulement 10% des vêtements que l’on donne finissent par être revendus.

Mais alors, quelles solutions nous reste-il ?

A l’heure où la mode est la 2ème industrie la plus polluante après le pétrole, les grandes compagnies ne prennent pas leurs responsabilités. C’est donc à nous d’agir car des solutions existent. Et elles sont multiples. En voici quelques unes :

  • Avant tout, il faut prendre conscience du problème et le faire connaître à autant de personnes que possible.
  • Le premier pas vers un monde plus responsable est de repenser la façon dont nous faisons du shopping. Ai-je vraiment besoin de ce jean alors que je ne porte déjà plus les 10 achetés auparavant ? Il faut penser sur le long terme : vais-je porter ce pull pendant plusieurs années ou l’abandonner une fois l’hiver passé ?
  • Une solution qui permet de moins gaspiller tout en gardant style vestimentaire élégant est de s’habiller avec des vêtements de seconde main, dans les friperies par exemple. Cela marche dans les deux sens : acheter en friperie et revendre ses vêtements lors de vide-dressing lorsqu’ils ne sont plus portés.
  • Enfin, de nouveaux modèles économiques se développent aujourd’hui pour répondre à la prise de conscience écologique des consommateurs. Par exemple, l’entreprise américaine Rent the Runway est aujourd’hui leader dans le secteur de la location de vêtements, en particulier de vêtements de luxe.

Et vous, quelles sont vos solutions ?

Alice Marillier

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