Aller à la barre d’outils
Passer au contenu

Quelle politique face à l’urgence climatique ?

Mardi 21 janvier 2020, à la faculté de droit de Lille, se tenait une conférence particulièrement intéressante, et plus que d’actualité : La Politique Face À L’urgence Climatique. Plusieurs intervenants sont venus donner leurs points de vue sur les sujets qui leur ont été soumis. Il y avait le Journaliste scientifique Olivier ABALLIN, responsable de l’académie de l’ESJ Lille et notamment co-responsable du master climat et média ; Julien Bayou, Secrétaire national de EELV depuis novembre 2019 ; Jean François Julliard, directeur général de l’association Green Peace France depuis 2012, et enfin Sarah Revel, membre de Youth For Climate. 

Leurs positions face aux climato-sceptiques d’aujourd’hui ? 

Tous étaient d’accord sur le fait que le nombre de climato-sceptiques tels que Claude Allègre, ont, heureusement, diminué. En effet, il y a enfin un certain consensus quant au caractère anthropologique du dérèglement climatique. Néanmoins, aujourd’hui, si le nombre de climato-sceptiques diminue, on assiste davantage à des individus qui doutent de l’urgence et de l’accélération des phénomènes climatiques et écologiques. 

Olivier Aballain pense que le nombre de personnes qui nient l’influence de l’Homme sur le climat se fait plus rare, mais il y a surtout un refus de considérer la possibilité de rectifier cette influence par des solutions radicales qui viendront transformer le système économique actuel. 

Aussi, comme l’explique Julien Bayou, malgré le consensus scientifique sur le dérèglement climatique, aucune mesure concrète n’est réellement mise en place. Pour lui, il existe les écologistes mais qui ont toujours une bonne raison de faire passer l’écologie au second plan malgré leur prétention à la défendre ; et les écologistes point qui appliquent concrètement cette urgence écologique dans leur façon de vivre. Finalement, il y a surtout un besoin de sensibiliser les populations sur le sujet.

Point de vue sur la politique du président E. Macron ? 

Pour rappel, le Président avait annoncé dans sa campagne la volonté de promouvoir le recyclage comme nouveau modèle économique, et 15 milliards d’euros devaient être consacrés à la transition écologique et énergétique du pays. Néanmoins, les intervenants étaient clairs sur l’idée qu’Emmanuel Macron savait produire des grands discours, mais que l’application concrète de mesures n’était toujours pas satisfaisante. Chacun était d’accord sur le manque de réalisation et d’avancées concrètes sur les sujets liés à l’écologie, le climat, la protection de la biodiversité…  Les émissions de gaz à effet de serre sont à la hausse, il n’y a aucune amélioration de la qualité de l’air qui est renforcée par un pic de pollution dû au trafic routier toujours plus important ; certaines espèces protégées sont toujours chassables… Tous ces facteurs témoignent d’un certain immobilisme en matière d’écologie. 

Est-il possible de concilier « force de la croissance » et « accélération écologique» comme l’annonçait le président Macron ? 

Alors que « Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle ? Comment osez-vous !» clame Greta Thunberg au sommet de l’ONU le 23 septembre 2019. 

Dans un monde où la croissance économique apparaît comme la norme, laquelle se traduit par une concurrence, la recherche effrénée du profit et une production croissante dépassant largement les besoins, cet enjeu est primordial. C’est sûr, il ne convient pas de revenir au Moyen-Age, néanmoins, il est nécessaire d’adapter notre mode de croissance à l’urgence écologique actuelle, choisir les activités que l’on promeut, changer le système économique dans son ensemble. Sarah Revel met en avant la possibilité d’adopter une économie circulaire, la production de biens et services de matières durables en limitant la consommation et le gaspillage des ressources, ainsi que la production de déchets. JF Julliard renforce ce constat en estimant qu’ « il y a d’autres indicateurs pour mesurer le bien-être et la prospérité d’une économie que la simple croissance ».  

Aux vues du dérèglement climatique, de l’inaction des dirigeants sur la question, quelle place les partis écologistes occuperont-ils sur la scène politique, que ce soit au niveau local ou national ?

On peut noter la confiance octroyée aux partis écologistes lors des dernières élections européennes, qui a favorisé un certain regain d’espoir et d’optimisme. En Allemagne par exemple, les résultats des Verts étaient de 22 % contre 10,7 % en 2014. Ainsi, il en revient maintenant aux citoyens de se mobiliser en votant pour les partis écologistes. 

Quelle place pour la désobéissance civile ?

Enfin, les intervenants ont été amenés à exposer leurs points de vue sur la question de la désobéissance civile, situation dans laquelle des citoyens, mus par des motivations éthiques, transgressent délibérément de manière publique, concertée et non violente une loi en vigueur. Chacun des intervenants était d’accord pour dire qu’il s’agit d’une méthode efficace voire indispensable pour répondre à la politique du gouvernement. Comme l’a rappelé Julliard « Green Peace est né d’un désobéissance civile ». En effet, pour rappel, en septembre 1971, quatorze militants pacifistes et écologiques embarquent à bord du Phyllis Cormack afin d’empêcher les essais nucléaires américains à Amchitka en Alaska. Aussi, pour Bayou, la désobéissance civile est un moyen de se réapproprier son rôle de citoyen et d’affirmer ses positions face au gouvernement. Il ajoute qu’aucune cause n’a connu de progrès sans désobéissance civile, que ce soit le féminisme avec les suffragettes ou le Front populaire qui s’est construit en réaction à la poussé fasciste et autoritaire d’Europe. 

Finalement quelle politique face à l’urgence climatique ? Cette question qui ne se réduit pas simplement à l’échelle locale ou nationale nécessite une réflexion quant à notre façon de vivre, et surtout à la finalité de l’économie. Aujourd’hui, le constat est celui d’un immobilisme et de l’absence d’actions concrètes face à un consensus sur le caractère anthropique du dérèglement climatique, et l’importance et l’urgence de celui-ci.  Ainsi, il est maintenant du ressort des citoyens de se mobiliser, de faire valoir les partis écologistes visant à allier protection de l’environnement, justice sociale et démocratie. Surtout, il s’agit pour chacun de prendre conscience de l’impact écologique à l’échelle internationale mais aussi dans sa vie quotidienne. 

Rafaëlle Koskas

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.