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Rafael Nadal : la banalisation de l’irréel

Nadal a remporté ce dimanche son treizième Roland Garros et vingtième Grand Chelem. Désormais à l’égal de Roger Federer, l’Espagnol continue, à 34 ans de repousser les limites de son sport. Retour sur ce sacre historique à plus d’un titre.

Treize. C’est désormais le nombre de titres remportés par Rafael Nadal à Roland Garros. En s’imposant dimanche dans une finale à sens unique contre le numéro un mondial Novak Djokovic, le Majorquin est venu conclure une quinzaine parfaite, qu’il aura traversé sans perdre le moindre set. Surclassé dans tous domaines par le triple tenant du titre, le Serbe, qui était jusqu’alors invaincu cette saison – sa seule “défaite” ayant eu lieu lors de sa disqualification à l’US Open – a manqué l’occasion de devenir le premier joueur de l’histoire à remporter au moins deux fois chaque Grand Chelem. “Rafa” quant à lui, a fait coup double ce dimanche. Avec un vingtième Majeur à son palmarès, il égale le record de titres en Grands Chelems détenu depuis plus de 11 ans par Roger Federer. 13 Roland Garros. 20 Grands Chelems. Nadal, la banalisation de l’irréel.

5 juillet 2009. Dimanche 12 octobre 2020. 11 ans, 3 mois et 7 jours, c’est la période durant laquelle Roger Federer a régné en monarque absolu, seul tout en haut de la prestigieuse liste des vainqueurs en tournois Majeurs. En terrassant Andy Roddick sur le Centre Court de Wimbledon, le suisse battait le record – déjà impressionnant – de 14 titres en Grands Chelems détenu alors par Pete Sampras. Huit ans et demi plus tard, il remportait son 6ème Open d’Australie en janvier 2018, synonyme de vingtième Grand Chelem. Pharamineux. Mais il n’est désormais plus seul au monde. Un deuxième surhomme l’a rejoint, et ça ne pouvait être autre que son rival historique, celui contre qui tout a commencé, Rafael Nadal.

“J’ai été complétement surclassé”

Au terme d’un tournoi parfait, et malgré des conditions de jeu, pour le moins inhabituelles à Roland Garros, le Majorquin est venu rejoindre son meilleur ennemi après une finale survolée contre un Djokovic totalement dépassé par la performance stratosphérique de l’Espagnol. Le Serbe l’a avoué après la rencontre : “j’ai été complètement surclassé”.

Oui, ces mots sont bien sortis de la bouche de Novak Djokovic, numéro un mondial incontesté et invaincu en 2020. Nadal est allé cherché un 13ème Roland Garros, un vingtième Grand Chelem, mais il l’a fait en martyrisant l’homme le plus fort du monde, celui que personne n’arrivait plus à battre depuis près d’un an. Djokovic n’a eu aucune chance, et finalement, cela ne choque pas tant que ça.

L’Espagnol a rappelé au monde entier – pour ceux qui osaient en douter – qu’a Roland Garros, il y a lui, et les autres. Alors que les conditions météorologiques – qui rendaient les balles moins vives à cause de l’humidité de la terre – couplées à la fermeture du toit, semblaient favoriser Djokovic, il n’en fut rien. Rapide, précis et infatigable, Nadal a dégouté le Serbe qui donnait le sentiment de n’avoir absolument aucune solution contre le mur humain qui se dressait devant lui. Collé à sa ligne tout le long du match, le triple tenant du titre a littéralement étouffé le numéro un mondial. Djokovic était mené deux sets à zéro en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et sa (relative) réaction au troisième set n’aura pas suffit. Il était déjà trop tard. Après 2h41 d’un combat qui n’a en réalité jamais débuté, Nadal exultait, genoux à terre, pour la 13ème fois de sa carrière sur l’ocre du Philippe Chatrier. Score final : 6-0, 6-2, 7-5.

Comme une évidence, et comme presque chaque année, Nadal a remporté Roland Garros. Mais, cette année plus que les autres, le roi de la terre ne partait pas comme l’immense favori à la victoire finale. Avec un “Djoker” au sommet de son art et un Dominic Thiem récent vainqueur à l’US Open (son premier Grand Chelem), le taureau de Manacor avait du souci à se faire. Mais on ne perd pas 2 matchs en quinze ans dans un même tournoi pour rien. Rafael Nadal est un champion comme rarement le monde du sport n’en a connu, et il ne faut pas être un fan absolu de l’Espagnol pour l’admettre. Malgré les doutes et les craintes concernant son niveau, “Rafa” a mis tout le monde d’accord ce dimanche. Il est le plus grand joueur de tous les temps sur terre battue, et même un Djokovic à son meilleur niveau ne peut ne serait-ce qu’espérer contester cette réalité.

Federer bientôt surpassé ?

Avec 20 titres en Grands Chelems, Rafael Nadal est désormais l’égal de l’inégalable Roger Federer. Le plus grand de tous n’est à présent plus seul. Comme un symbole, il se fait rejoindre par celui qui aura construit une partie de sa légende. On a envie de dire, comment cela aurait pu en être autrement ? Ces deux là sont inévitablement liés par leur destin, inséparables. Et quand tout semble les séparer, la vie nous ramène à les confronter. Même le temps ne peut rien pour les arrêter. A respectivement 39 et 34 ans, Federer et Nadal continuent de tutoyer les sommets de leur sport, et même mieux, d’en repousser les limites. Si le bâlois était parvenu à remporter son vingtième Grand Chelem à 36 ans, “Rafa” l’a fait à seulement 34. Si l’écart entre le premier et le dernier titre en Majeurs du Suisse est de 14 ans et demi, il est de 15 ans et 4 mois pour l’Espagnol. Alors qu’au début du siècle, aucun joueur n’avait remporté plus de 13 Majeurs dans toute l’histoire du tennis, Nadal en a désormais glané autant, mais dans le même tournoi.

Des records, des records, encore des records. Ces champions (Djokovic en faisant également partie) se poussent mutuellement à ne jamais renoncer à l’impossible. Leur longévité et leur réussite respective est presque incomparable dans l’histoire du sport, et pourtant, rien ne semble indiquer que leur domination approche de son terme, pas même la relative émergence de la “Next Gen”, ou le premier sacre en Grand Chelem de Dominic Thiem. Cela fait plus de quinze ans que l’histoire du tennis s’écrit par ces trois monstres sacrés, et Nadal et Djokovic viennent d’en écrire une nouvelle page ce dimanche. Si Federer avait déjà réussi l’exploit d’atteindre la barre des 20 sacres majeurs, l’Espagnol, et ses 13 victoires dans un seul et même tournoi, repousse encore davantage les limites de l’invraisemblable.

De cinq ans le cadet de son rival Suisse, et avec un physique toujours performant malgré ses 30 ans bien tassés, le roi de la terre peut, bien évidemment, viser encore plus haut. Tandis que Federer soigne son genou et s’approche dangereusement de la quarantaine (!), Nadal lui, a maintenant le vent dans le dos. Le GOAT (Greatest Player Of All Time), comme l’on surnomme le Suisse depuis près d’une décennie, ne pourrait bientôt plus l’être. Roland Garros sera de retour en mai prochain et Nadal, sauf blessure, y sera bien évidemment l’immense favori. A 35 ans, il tentera de remporter un quatorzième Roland Garros, un vingt-et-unième Grand Chelem pour dépasser Federer et s’attribuer ce record tant convoité, si prestigieux, qui le rapprocherait significativement, si ce n’est encore unanimement, de ce statut de plus grand de tous.

Adrien Nerozzi-Banfi

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