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Le Maire, l’Etat et Macron : Le Bon, la Brute et le Truand ?

Alors que se tenait du 16 au 18 novembre dernier à Paris le dernier congrès de l’Association des Maires de France avant l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a tenu à le clôturer par un discours. C’est apparu comme une tâche difficile pour le Président que de se retrouver face à ce collège d’élus, qui est en effet plutôt hostile à sa politique territoriale. Son action a souvent été remise en cause pas les élus locaux pendant le quinquennat, entre perte d’autonomie, timide soutiens aux maires victimes de violences et sentiment d’abandon pendant la crise, leurs revendications sont multiples. Hugo Decroocq revient ici sur cet évènement et sur les relations entre le Président de la République et les élus locaux.

L’assemblée du 93e congrès de l’Association des maires de France (AMF), le 23 novembre 2010. BERTRAND GUAY / AFP

Emmanuel Macron à la conquête des maires

Le maire est de loin l’élu le plus apprécié par les Français dans les sondages. Cela peut s’expliquer par sa proximité, sa disponibilité et ses capacités d’actions concrètes sur la vie de ses concitoyens. Ils sont, comme Gérard Larcher, Président du Sénat aime le dire : les responsables de « la petite République dans la grande ». A la veille de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a tout intérêt à redorer son image auprès des quelques 34000 maires de France. D’une part, pour tenter à nouveau un ancrage territorial après l’échec cuisant de son parti aux élections municipales, départementales et régionales et d’autre part car il aura besoin de leurs soutiens militants et de leurs parrainages. Ainsi, durant les 60 minutes du discours, 50 étaient consacrées à la défense de son bilan. Concernant les maires, il a détaillé leur impact positif sur la gestion de la crise Covid, la décentralisation et la déconcentration ainsi que la très critiquée réforme de la taxe d’habitation. Mais pour Franck Louvrier, maire de La Baule, les efforts de conviction du président sont vains, « la crédibilité de son discours est très faible à l’approche des élections ». Une majorité de maires accusent Emmanuel Macron de ne pas les avoir écoutés et de n’en faire qu’à sa tête. « Je ne sais pas pourquoi on se plaint » ironise un maire en sortant de la salle du congrès, avant de reprendre « tous les maires se plaignent, mais quand on vient là j’ai l’impression que monsieur Macron nous prend à l’envers et on se rend compte qu’il a le dernier mot et que tout ce qu’il fait est parfait ». D’autres lui reprochent également un discours vaniteux, faisant référence à sa comparaison avec le général De Gaulle, qui comme lui n’a jamais été maire. Le journaliste Alexis Poulin analyse un discours « verbeux et vide » qui serait donc plus une opération séduction en période de pré-campagne présidentielle.

Emmanuel Macron lors de la clôture du Congrès des maires organisé par l’Association des maires de France, à Paris, le 18 novembre 2021. (©AFP/Ludovic MARIN)

Comment contenter les maires ?

Lorsqu’on écoute plus attentivement Emmanuel Macron, les propos des maires paraissent assez paradoxaux, puisque ce dernier promet « remettre le maire au cœur des décisions », sujet de revendication majeure des élus qui accusent de ne pas avoir été consultés ou d’avoir été délégataires durant le pic de la crise du Covid. Les élus dénoncent des décisions prises par l’Etat et dont ils étaient informés en même temps que les citoyens alors qu’ils devaient les mettre en application dès le lendemain, une réactivité des maires dans la gestion de crise dont le gouvernement et Monsieur Macron ont eu du mal à reconnaître l’efficacité. C’est aussi un appareil administratif complexe et laborieux qui est pointé du doigt. Le nouveau président de l’AMF et maire de Cannes, David Lisnard (LR), ironise sur la construction d’un simple local poubelles qui pour être construit, doit « respecter le PLU, lui-même conforme au PADD, qui doit être respectueux en application du SCOT quand il existe, qui lui-même se met en application de la DTA tout dans le respect du SRADET et du PLHI lorsqu’il a été adopté ». Autant d’acronymes qui prouvent selon lui la difficulté pour les maires de faire avancer les décisions communales.

La loi déconcentration, décentralisation, différenciation et décomplexification déposée sur le bureau du Sénat en mai dernier par la ministre des collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, sera-t-elle un levier en matière de reconquête des maires ?

Pas si sûr. Elle comprend plusieurs mesures auxquelles les maires sont réticents telles que le passage d’un taux de 20 à 25% de logements sociaux obligatoires dans les communes concernées par la loi Solidarité et Renouvellement Urbain.

Faut-il se résoudre à un éternel désamour entre les maires et Macron ?

Déjà hué lors de sa venue au Congrès en 2017, les relations ne se sont pas beaucoup améliorées par la suite. Le Président avait même renoncé à se présenter devant les élus au Congrès de 2018, alors que les maires s’indignaient du #BalanceTonMaire, lancé par la Macronie pour dénoncer les maires qui augmentaient la taxe d’habitation afin de pallier la perte de subventions de l’Etat.

Aujourd’hui, l’ex-président de l’AMF, François Baroin (LR), laisse penser que les maires ne sont toujours pas acquis à la cause de monsieur Macron. « Il pense qu’il a raison, nous pensons qu’il a tort, il pense qu’on a tort, nous pensons que nous avons raison » lance-t-il sur plateau de Public Sénat en parlant de la perte d’autonomie financière des communes. Il avait déjà mis en garde Emmanuel Macron en 2019 sur la réforme fiscale : « vous nous supprimez un impôt qui ne vous appartient pas ».  Aussi, les communes ont eu à se serrer la ceinture pendant le quinquennat. Treize milliards d’euros d’effort leur ont été demandés. Et si les villes réussissent à se tirer de la crise plus facilement, les villages ruraux, beaucoup plus touchés par la baisse de subventions se sentent délaissés. Hervé Gentes, maire de Corsept en Loire-Atlantique ne décolère pas. Sa commune a fait des demandes de subventions à l’Etat pour la rénovation de la salle communale de son village de 2 721 habitants mais toutes lui ont été refusées. « C’est désespérant, on nous rebat les oreilles avec le plan de relance. Mais dans les faits quand on se démène pour soutenir des projets, l’Etat refuse de nous aider » se lamente l’édile. L’étude réalisée par l’Association des Maires Ruraux de Loire-Atlantique est unanime, les dotations de soutien à l’investissement local distribuées aux communes de moins de 3 500 habitants sont passées de 42% à 29% et les dotations d’équipement des territoires ruraux de 17% à 5%. En 2020, certaines de ces communes n’avaient même pas touché ces dotations.

 

Alors que la demande des maires d’obtenir plus de libertés au niveau local n’a jamais été aussi forte et tandis qu’on observe une forme de défiance croissante à l’égard des décisions d’autorité et des formes de pouvoir, le Président de la République ne semble pas avoir convaincu la totalité des maires. Pour le nouveau président de l’AMF, c’est simple « il suffirait que l’Etat renonce à la prétention d’être seul, d’être tout, pour très vite, être accompagné par les collectivités » a-t-il dit en clin d’œil à Emmanuel Macron. Lors de son opération de reconquête, le Président espérait être applaudi mais ne l’aura été que timidement. Serait-il donc en train de laisser la place aux candidats déjà déclarés à la présidentielle sur le sujet des collectivités territoriales ?

Hugo Decroocq

*Les propos du maire de Corsept, Hervé Gentes ont été repris du journal Ouest France – Les maires ruraux se sentent lâchés par l’État (30/09/2021)

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