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La Squadra Azzura, du désastre à la résurrection

Du désastre à la résurrection. Retour sur le come-back aussi rapide qu’inattendu de la Squadra Azzura après le fiasco du mondial 2018. L’équipe nationale italienne a su relever la tête en jouant ses atouts, à la tête desquels celui du nouveau sélectionneur, Roberto Mancini. 

13 novembre 2017, San Siro, Milan. En cette nuit froide d’automne 2017, l’Italie affronte la Suède pour le match retour des barrages de qualification à la Coupe du Monde 2018. Après avoir perdu le match aller 1-0 trois jours plus tôt, la Squadra Azzura arrive dans un stade San Siro plein à craquer avec l’obligation de l’emporter, sous peine de vivre l’un des plus grands fiasco de l’histoire du Football.

22h38, sur un dernier hors jeu sifflé contre Giorgio Chiellini à la suite d’un corner, l’arbitre met un terme à cette rencontre, score final: 0-0, c’est la bronca à San Siro. Malgré 27 tentatives, 76% de possession, et de nombreuses actions litigieuses qui auraient pu (dû ?) amener des penaltys aux Italiens, la Nazionale a échoué. Incapable de marquer ce but libérateur qui aurait emmené les deux équipes en prolongation, l’équipe de Gian Piero Ventura ne verra pas la Coupe du Monde, et ce pour la première fois depuis 60 ans.

Un véritable séisme vient de s’abattre sur la planète Football. Avec une équipe en fin de cycle et un manque criant de talent brut dans son effectif, la Squadra Azzura vit en ce 13 novembre 2017 le plus grand désastre de son histoire. Gianluigi Buffon, icône du Football Italien, ne peut contenir ses larmes. L’un des derniers rescapés du sacre mondial de 2006, capé à 175 reprises avec sa sélection, met, au terme de cette soirée cauchemardesque, un point final à sa pourtant si glorieuse carrière internationale. Les tauliers Andrea Barzagli et Daniele De Rossi (respectivement 73 et 117 sélections) annoncent dans la foulée que ce match était également leur dernier sous les couleurs italiennes. Une page vient de se tourner.

Un effectif en chute criante de qualité

La Squadra Azzura, qui était encore en Finale de l’Euro 5 ans plus tôt, paye en ce soir de novembre l’absence de renouvellement d’une équipe qui était pourtant en perte constante de qualité depuis l’élimination en phase de groupe de la Coupe du Monde 2014. Durant l’Euro 2016, Antonio Conte était parvenu à masquer ce déclin au sein de l’effectif italien en construisant un collectif et un esprit de solidarité qui avaient porté ses joueurs jusqu’en quart de finale de la compétition. Mais le problème restait profond. Cette nation, qui a vu naître et jouer des joueurs tels qu’Andrea Pirlo, Paolo Maldini, Francesco Totti, ou encore Roberto Baggio, pour ne citer qu’eux, ne possédait tout simplement plus aucun joueur de classe mondiale dans son effectif, du moins dans le secteur offensif. Car, côté défense, l’Italie était plutôt bien lotie. Avec Gianluigi Buffon dans les cages (39 ans) et 4ème du Ballon d’or la même année, Léonardo Bonucci (30 ans), présent dans l’équipe type de l’UEFA 6 mois plus tôt, mais également Giorgio Chiellini (33 ans) et Andrea Barzagli (36 ans), tout aussi performants: L’Italie possédait tout simplement la défense centrale complète de la Juventus, finaliste perdante de la Ligue des Champions 6 mois plus tôt.

Cependant, voilà, mis à part cette défense, aussi fiable que vieillissante, l’effectif italien s’arrêtait là. Non pas que Lorenzo Insigne (Napoli) – sur le banc durant le match retour – Ciro Immobile (Lazio Rome) ou encore Jorginho (Napoli) étaient des joueurs médiocres, bien au contraire, se sont de bons footballeurs, mais ils ne faisaient pas partie de ces joueurs capables de porter une équipe, ou de renverser un match. Jorginho n’est pas Pirlo, Insigne n’est pas Totti et Immobile n’est pas Baggio. Si encore l’équipe n’était alors composée que de joueurs de la trempe des trois cités précédemment, l’effectif italien aurait fière allure. Le problème était que Jorginho, Insigne et Immobile étaient les maîtres à jouer de cette équipe, ils faisaient partie des rares joueurs qui semblaient être au niveau de cette sélection Italienne. Si l’on se fit à la composition – non exemptée de tout reproche (voir ci-après) – du match retour face à la Suède, on trouve sur le terrain des joueurs tels que Matteo Darmian, abonné au banc à Manchester United, Marco Parolo, milieu de terrain moyen de la Lazio de Rome, ou encore, et surtout, le méconnu Manolo Gabbiadini (Southampton), titularisé en pointe aux côtés de Ciro Immobile. Alors oui, Marco Verratti, meilleur joueur incontestable de cette sélection italienne, était blessé (comme trop souvent), oui, Daniele De Rossi, prototype du milieu défensif de devoir et essentiel à l’entre-jeu italien, était sur le banc, mais la source du problème était bien plus profonde.

Le tableau n’était pas si noir pour cet effectif italien. Sans être la meilleure équipe de l’histoire de la sélection italienne, et de loin, cette Nazionale version 2017 n’était pas pour autant aussi médiocre sur le papier qu’elle l’était sur le terrain. Verratti, Jorginho, Insigne, De Rossi, Florenzi, Bonucci, Chiellini, Buffon, cette équipe, comme nous l’avons vu, regorgeais de bons, voire de très bons joueurs, mais voilà, malgré cette qualité relative, quelque chose clochait. Autant l’échec du match retour pouvait s’expliquer, si encore il était justifiable, par l’absence des joueurs cadres qu’étaient Verratti et De Rossi sur la pelouse, autant, au match aller, les deux milieux de terrain étaient bien présents, et cela n’a pas empêché leur équipe de s’incliner tristement en Suède.

S’il était facile de remettre la faute sur les joueurs et cette absence de qualité globale et de motivation au sein de cet effectif, le réel fautif était en réalité tout trouvé, et ce n’était autre que Gian Piero Ventura. Le sélectionneur italien, arrivé dans l’anonymat à la rentrée 2016 pour remplacer le glorieux Antonio Conte – parti à Chelsea – ne sera resté qu’un an à la tête de cette Squadra Azzura. Et en un an, il aura fait passer cette équipe d’un quart de finale inespéré à l’Euro, à une piteuse élimination en barrages de la Coupe du Monde. Pas aidé par les clubs italiens, dont la politique sportive ne laissait que très peu de place aux jeunes joueurs nationaux ces dernières années – ce qui a contribué à cette absence de renouvellement générationnel -, l’ancien entraîneur du Torino a du composer avec des joueurs aux niveaux très inégaux. On pourra toutefois lui reprocher des choix qui restent encore à ce jour assez énigmatique. Bien qu’organisé en 3-5-2 lors de la double confrontation contre la Suède, l’Italie aura très régulièrement joué en 4-2-4 durant les matchs éliminatoires, système complètement atypique et propre à Ventura. Ce dispositif aura très peu porté ses fruits durant les qualifications, mettant en avant toutes les lacunes et les déséquilibres évidents que ce milieu de terrain à deux complètement dégarni incarnait : une absence totale de jeu causée par l’absence de liaison entre la défense et l’attaque et une équipe au placement complètement déséquilibré sur le terrain. Comment pouvait-on imaginer qu’aligner une équipe dans ce dispositif pouvait fonctionner ? Critiqué pour l’absence de qualité de sa sélection italienne dans ce dispositif, Ventura était alors repassé au 3-5-2 que Conte avait si bien huilé lors de l’Euro 2016, sans succès. A cela s’ajoutent les choix tactiques complètement incompréhensibles du match retour face à la Suède. En mettant sur le banc Belotti et Insigne au profit de Gabbiadini en attaque, mais surtout en voulant faire rentrer De Rossi – milieu défensif – en fin de match, alors que l’équipe devait absolument marquer, Ventura a outré l’Italie entière. Finalement, c’est Bernardeschi qui est rentré à la place de De Rossi, mais l’issue du match semblait irrévocable. Au lendemain de ce désastre, l’Italie est en deuil, et son équipe nationale est au plus bas. Complètement vide, aussi bien dans la tête que sur le terrain, la Squadra Azzura avait complètement perdu cette ferveur et cette motivation qui l’animait au moment de sortir l’Espagne en huitièmes de finale de l’Euro, moins d’un an et demi plus tôt. Avec le départ de plusieurs de ses cadres historiques (Buffon, De Rossi etc.), mais également celui de Ventura (qu’on ne regrettera pas), la Nazionale semble complètement laissée à l’abandon, et se voit livrée à un avenir totalement inconnu, sans aucune certitude de retrouver un jour les sommets. Au crépuscule de l’année 2017, et alors que toutes les autres grandes nations du Football commencent leur préparation pour le Mondial en Russie, l’Italie, elle, est sans repère. Le chemin qui mènera de nouveaux cette sélection vers la lumière semble long et périlleux, et on imagine déjà de longues années de galère pour cette équipe, pourtant si glorieuse par le passé.

Et puis, Roberto Mancini est arrivé

18 novembre 2019. Au terme d’un festival offensif ponctué par une victoire 9-1 face à l’équipe d’Arménie, l’Italie clôture sa campagne de qualification pour l’Euro 2020 par une dixième victoire en autant de matchs. Equipe majeure de son groupe, dans lequel elle était en concurrence avec la Grèce, la Bosnie, l’Arménie, la Finlande et le Liechtenstein, la Squadra Azzura aura tenu son rang en réalisant un sans faute pour la toute première fois de son histoire.

13 novembre 2017. 18 novembre 2019. A presque deux ans jour pour jour, ces deux dates représentent un tournant dans l’histoire moderne de la Squadra Azzura, mais aux conséquences bien diverses. Après le fiasco Ventura, la sélection italienne fut reprise par l’optimiste Roberto Mancini – ancien entraîneur de l’Inter Milan ou encore de Manchester City – dont la mission était toute trouvée : redorer le blason de cette équipe et reconquérir le cœur de millions de tifosi. Il fallait répartir de zéro, rebâtir les fondations d’une équipe dont le mental et les repères étaient totalement brisés. Veuf de ses cadres historiques, la Nazionale devait se trouver de nouveaux leaders, de nouveaux talents, relancer un cycle avec de nouveaux joueurs, afin de définitivement tourner la page et ranger cet échec historique au rang de simple accident de parcours. Il ne fallait plus que cela se reproduise, plus jamais. L’Italie est une grande nation du football, elle l’a toujours été et se doit de l’être encore pour de nombreuses années. Ce 13 novembre 2017 était l’échec d’un peuple tout entier, mais il se devait d’être le dernier, et cela, Roberto Mancini l’avait bien compris. Arrivé à la tête de la Squadra Azzura le 14 mai 2018, le technicien italien reprend alors une équipe en chantier, sans colonne vertébrale et dans lequel un tri doit impérativement être fait. En amont de son arrivée, l’Italie a réalisé trois matchs amicaux très moyens contre l’Argentine (défaite 2-0), l’Angleterre (match nul 1-1) et les Pays-Bas (match nul 1-1). L’équipe joue mal et semble perdue sur le terrain. Surtout, entre ces deux matchs, le 11 de départ fut sensiblement différent. Sans équipe type, aucune complicité ne peut être établie entre les différents joueurs qui, pour certains, jouent pour la toute première fois ensemble. Après avoir pris les reines de l’équipe, Roberto Mancini décide donc dans un premier temps de sélectionner le maximum de joueurs possibles afin d’avoir à disposition toutes les cartes dont il a besoin pour bâtir la meilleure équipe d’Italie.

A la fin du mois de mai, à l’occasion des matchs amicaux de préparation à la coupe du monde, la sélection italienne affronte l’Arabie Saoudite (victoire 2-1) et la France (défaite 3-1). C’est durant ces deux matchs que l’ancien technicien de Manchester City abattit ses premières cartes. Faire jouer de nouveaux joueurs, tester différents systèmes et répéter cette philosophie, jusqu’à ce que cela fonctionne. Sans aucune pression ni contrainte à l’approche d’une coupe du monde que ses joueurs regarderont tranquillement devant leur téléviseur, le technicien italien organisa un véritable ballet de joueurs à l’occasion de ces matchs amicaux et de la phase de groupe de la toute nouvelle Ligue des Nations – dans laquelle son équipe était opposée à la Pologne et au Portugal. A tous les postes, de nouveaux joueurs font leur apparition en sélection. Certains sont de très jeunes joueurs qui vivent leurs premiers instant sous les couleurs italiennes – tels que Chiesa (21 ans, Fiorentina), Zaniolo (19 ans, AS Roma), Barella (21 ans, Cagliari), Pellegrini (22 ans, AS Roma), Donnarumma (19 ans, AC Milan), Cristante (23 ans, AS Roma), Romagnoli (23 ans, AC Milan), ou encore Mandragora (21 ans, Udinese) – d’autres, plus âgés, voient en cette période de crise une opportunité inédite de porter le maillot de la Nazionale pour la première fois de leur carrière – on y trouve Biraghi (26 ans, Fiorentina), d’Ambrosio (30 ans, Inter Milan), ou encore Politano (25 ans, Inter Milan) – tandis que certains sont plus expérimentés et revêtissent la tunique bleu azure pour la première fois depuis de nombreuses saisons, tels que Balotelli (28 ans, OGC Nice), Criscito (31 ans, Genoa) ou encore Bonaventura (29 ans, AC Milan). Qu’ils soient jeunes, méconnus ou inexpérimentés, âgés, en manque de résultats ou de temps de jeu, Mancini leur a tous donné une chance de faire leurs preuves sur le terrain, afin de construire la meilleure équipe possible.

Après une ligue des Nations mitigée, ponctuée par une seconde place synonyme de maintient en ligue A, la Squadra Azzura a rapidement vu ses objectifs se tourner vers l’Euro 2020 (qui sera finalement un Euro 2021) et la phase préliminaire de qualification. C’est à l’occasion de ces 10 matchs en phase aller-retour que Mancini va enfin trouver la bonne formule avec son équipe, et fixer un 11 type presque statique qui transforma littéralement cette Nazionale, plus que poussive, en véritable machine de guerre. C’est simple, en 10 matchs disputé, l’équipe de Mancini est reparti systématiquement avec la victoire, et de nombreuses fois avec la manière, contrairement à ses habitudes des dernières saisons. Après avoir user de joueurs et de dispositifs en tout genre, l’ancien manager de Manchester city semble avoir enfin trouvé la bonne formule, avec, au maximum, une rotation de deux joueurs à chaque poste de son effectif.

Le gardien : Gianluigi Donnarumma

Au lendemain du fiasco des barrages de la coupe du monde et la retraite de la légende Gianluigi Buffon, la sélection italienne avait la lourde tache de trouver un digne successeur à l’Homme le plus capé de l’histoire de la Squadra Azzura. Lancé dans le grand bain de la Série A dès octobre 2015, alors qu’il n’avait que 16 ans, Donnarumma a dès le début été présenté comme le successeur légitime du champion du monde 2006. Doté d’un talent rare à un âge si jeune, le gardien Rossonero a profité du manque de concurrence à ce poste à l’AC Milan pour faire ses marques très tôt dans le domaine professionnel et acquérir une expérience conséquente à un âge si peu avancé. Malgré de nombreuses lacunes et coupable d’un nombre non négligeable d’erreurs lors de ses premières saisons, le portier milanais a su faire taire toutes les critiques qui lui faisaient face depuis maintenant deux saisons, et s’impose comme l’un des tous meilleurs gardiens de Série A, voire d’Europe, à l’heure actuelle. En concurrence directe avec Salvatore Sirigu, gardien du Torino et auteur lui aussi de très bonnes performances dans les cages de l’équipe de Turin, Donnarumma reste toutefois le numéro un incontestable dans la hiérarchie en sélection. A désormais 21 ans, le Gianluigi Junior de la Nazionale a toutes les qualités pour s’imposer dans la durée dans les cages italiennes et, s’il fait désormais incontestablement partie du gratin dans le calcio italien, sa progression constante lui permettra sans aucun doute de viser les sommets européens dans les années à venir.

Les latéraux : Alessandro Florenzi (D’Ambrosio) – Leonardo Spinazzola (Biraghi)

Les postes de latéraux sont ceux où la hiérarchie est encore la moins bien définie dans l’équipe de Mancini. Les noms sont nombreux à ce poste en Italie, mais aucun d’entre eux ne se dégage(nt) comme la (les) références à ce poste, si bien que le technicien italien a tout simplement sélectionné presque l’intégralité des latéraux de Série A dans l’optique de trouver chaussure à son pied. Di Lorenzo (Napoli), Lazzari (Lazio), Spinazzola (Roma), Biraghi (Inter Milan), Florenzi (Roma – Valence), D’ Ambrosio (Inter Milan) ou encore De Sciglio (Juventus) : ils ont tous eu leur chance. Infine, c’est bien Alessandro Florenzi et Leonardo Spinazzola qui semblent s’être imposés dans les couloirs de l’effectif italien. Le premier est peut-être la référence la plus constante à son poste en Italie sur la dernière décennie, mais a vécu une saison 2019-2020 difficile. Peu utilisé à la Roma, au bénéfice de Spinazzola, justement, le latéral romain est prêté au mercato d’hiver à Valence où il joue également peu. Néanmoins, il parvient, certainement grâce à son CV et les certitudes qu’il représente à son poste, à maintenir un temps de jeu conséquent en sélection. La bonne nouvelle pour lui : il vient d’être prêté au PSG, qui cherchait justement un latéral, et se voit pratiquement assuré d’être titulaire à son poste, et ce dans un club aux ambitions bien plus grandes que celles qu’il a connu jusqu’alors dans sa carrière. Spinazzola, quant à lui, était encore méconnu il y a deux ans. C’est surement un soir de huitièmes de finale retour de C1 en 2019 contre l’Atlético Madrid que l’Europe entière a découvert ce talent brut sous les couleurs de la Juventus. Auteur d’une performance exceptionnelle ce soir là, le latéral a tapé dans l’oeil de Mancini, mais également de la Roma, qui le recruta à l’issue de la saison. Doté d’une vitesse et d’un sens du dribble rare, Spinazzola est le seul joueur présentant un profil aussi propre techniquement à ce poste en Italie. Après avoir chassé Florenzi de son club de coeur, la Roma, il se présente comme le latéral légitime pour occuper le couloir gauche de l’équipe de Mancini. Avec ces deux latéraux, dotés de qualités intrinsèques très intéressantes, et de nombreux autres prêt à prendre leur place à tout moment sur le banc, la Nazionale possède un choix non négligeable de joueurs de haut niveau pour occuper les côtés de sa défense.

La défense centrale : Giorgio Chiellini – Leonardo Bonucci

Comment il aurait pu en être autrement ? Les deux tauliers de la défense centrale de la Juventus sont sûrement les deux seuls joueurs à avoir pleinement résisté au fiasco du mondial, et ce car ils faisaient certainement partie des rares à n’avoir rien eu à se reprocher dans ce désastre. Chiellini et Bonucci sont des références à leur poste en Europe, et ce depuis maintenant de nombreuses années. Et même si les années passent, et que les deux rocks turinois ne sont à présent plus tout jeunes – Chiellini a 36 ans et Bonucci 33 – ils sont sans conteste à ce jour encore les deux meilleurs défenseurs centraux d’Italie. On aurait pu penser à un passage de témoin à l’issue de cette saison 2019-2020, car elle fut difficile à bien des égards pour les deux joueurs – Chiellini étant blessé toute la saison et Bonucci coupable de prestations plus que moyenne – mais il n’en fut rien. A son retour en sélection en septembre dernier, Chiellini réalisa une masterclass absolue contre les Pays-Bas, tandis que Bonucci repris la compétition en championnat avec bien plus d’assurance et de solidité que sur la saison écoulée. Malgré l’émergence plus que notable d’Alessio Romagnoli (25 ans, AC Milan), mais également du jeune Alessandro Bastoni (20 ans, Inter Milan), ce serait une grande surprise de ne pas retrouver les deux coéquipiers turinois dans le 11 type italien en juillet prochain, pour l’Euro.

Le milieu : Nicolo Barella – Jorginho – Marco Verratti

Le premier est une jeune pépite venue tout droit de Sardaigne, le second un ancien napolitain devenu une référence à Chelsea, et le dernier un petit hibou parisien adoubé par toute une capitale. Le milieu de terrain italien a enfin trouvé ses trois maestro, et ces derniers ont révolutionné le jeu de la Squadra Azzura depuis l’arrivée du providentiel Mancini. Nicolo Barella, révélation de la saison 2018-2019 en Série A avec Cagliari, a été recruté par l’Inter Milan l’été suivant et fut l’un des grands artisans de la très bonne saison des intéristes (2nde place en championnat, finale de la Ligue Europa). Titularisé dans l’entre-jeu italien avant même de rejoindre l’équipe milanaise, Barella a largement confirmé son statut d’étoile montante du football transalpin en sublimant le jeu de l’Inter Milan de sa palette physique et tactique tout au long de la saison. A maintenant 23 ans, il se présente comme l’une des valeurs sures du championnat italien et pourrait très prochainement devenir une référence à son poste. Jorginho, quant à lui, s’est révélé sous le magnifique Napoli de Mauricio Sarri en 2017-2018, avant de suivre son mentor, désigné entraîneur de Chelsea à l’issue de cette même saison. Titulaire dans l’entre-jeu italien lors du désastre contre la Suède, il s’est plutôt bien relevé de cet échec puisque la saison qui suivit la déroute de son équipe fut celle qui lança réellement sa carrière. Depuis son arrivée dans la capitale londonienne à l’été 2018, le milieu d’origine brésilienne est presque indiscutable à son poste et se targue notamment d’un taux de réussite aux penaltys frôlant les 100%. Situé au milieu de l’entre-jeu italien, il est le véritable maestro du collectif huilé de l’équipe de Mancini. Et pour finir, le meilleur pour la fin. Est-il nécessaire de présenter Marco Verratti ? Titulaire indiscutable (lorsqu’il n’est pas blessé ou suspendu) au Paris-Saint-Germain depuis son arrivée en 2012, le “petit hibou” est un monstre technique dans tous les domaines : récupération, conduite de balle, relance, passes, le milieu parisien fait tout simplement partie du gratin européen à son poste, au même titre qu’un Ngolo Kante ou un Kevin de Bruyne. Il est au centre du projet de Mancini et est sûrement le joueur le plus talentueux de tout cet effectif italien. Après avoir eu du mal à rééditer ses performances parisiennes sous le maillot bleu azure, il semble être enfin arrivé à maturité et assume désormais pleinement les espoirs placés en lui depuis maintenant de nombreuses saisons. Avec ces trois chefs d’orchestre au milieu, auxquels on peut ajouter des joueurs également très performants tels que Stefano Sensi (Inter Milan), Lorenzo Pellegrini (AS Roma) ou encore le prometteur Sandro Tonali (récemment transféré à l’AC Milan), la Nazionale peut voir venir, et dormir sur ses deux oreilles.

L’attaque : Federico Chiesa – Ciro Immobile (Andrea Belotti) – Lorenzo Insigne

Loin d’être aussi effrayante sur le papier que peuvent l’être les attaques de l’Angleterre – avec ses Kane, Sterling, Sancho & co – ou encore de la France – et ses Griezmann, Mbappe ou Martial – l’attaque italienne a au moins le mérite – et pas des moindres – de posséder le soulier d’or européen en titre en la personne de Ciro Immobile. L’attaquant plutôt médiocre qui occupait la pointe de l’attaque transalpine lors du fiasco suédois a laissé place à une véritable machine à but. A l’image de Jorginho, la saison qui suivit l’échec italien fut celle qui le révéla aux yeux de l’Europe entière – il marqua 44 buts toutes compétitions confondues en 2017/2018. Auteur de 36 buts en championnat la saison passée, l’avant centre de la Lazio fait désormais partie des tous meilleurs à son poste en Europe. C’est simple, depuis le début de l’exercice 2017/2018, seuls Cristiano Ronaldo (108 buts), Lionel Messi (128 buts) et Robert Lewandowski (134) buts ont davantage marqué que lui toutes compétitions confondues (sur cette même période il a inscrit quand à lui 100 buts), pas mal non ? Alors oui, certes, il marque beaucoup sur penalty, et cette statistique est assez marquée sur la saison passé, où, en championnat, 15 de ses 36 buts inscrits l’ont été sur cet exercice. Mais il n’empêche qu’il possède un taux proche des 100% de réussite sur penalty, et cette stat, peu de joueurs peuvent se targuer de l’avoir. S’il peut manquer d’efficacité sur certains matchs il n’en reste pas moins un redoutable renard des surfaces que toutes les défenses d’Italie craignent d’affronter. Andrea Belotti (Torino) est quelques fois préféré au numéro 17 de la Lazio par Mancini pour occuper la pointe de l’attaque, mais Immobile s’avance sans aucun doute comme l’homme fort de cette attaque italienne, cet avant-centre de métier, capable de la mettre au fond à tout moment. Sur les ailes de cette animation offensive transalpine, sont alignés dans la grande majorité des cas Lorenzo Insigne (Napoli) et Federico Chiesa (Juventus). Excellents dribbleurs, les deux ailiers amènent cette percussion parfaitement complémentaire avec le point d’appui que représente Ciro Immobile, et permettent la réalisation de contres supersoniques, notamment par le biais de Chiesa sur l’aile droite, doté d’une vitesse de pointe ahurissante balle au pied. Capable de rush exceptionnels, la toute dernière recrue de la Juventus possède une fréquence d’appuis et une qualité technique hors norme, lui permettant de réussir un nombre assez incroyable de dribbles par matchs. Insigne, quant, à lui, est moins rapide que son homologue mais pas pour autant moins à l’aise balle au pied. Moins dribbleur que Chiesa, il est cependant un meilleur passeur et finisseur et possède un touché de balle magnifique, dont il a l’habitude de nous faire profiter assez régulièrement avec ses enroulées délicieuses du côté de Naples. L’ailier de l’équipe de Gattuso, bien qu’il n’était pas titulaire sous Ventura avec l’Italie, s’est lui aussi révélé pleinement lors de l’excellente saison du Napoli de Sarri en 2017/2018. Il est depuis lors une valeur sure à son poste en Italie et s’est mué en titulaire presque indiscutable dans l’équipe de Mancini. Avec ces trois attaquants, aux caractéristiques bien différentes mais parfaitement complémentaires, la Squadra Azzura n’a certes pas l’attaque la plus sexy de la planète football, mais attention à ne pas la sous-estimer, elle peut être bien plus dangereuse qu’elle n’y paraît.

Équipe type sélection Italienne 2020 :

Donnarumma

Florenzi – Bonucci – Chiellini – Spinazzola

Barella – Jorginho – Verratti

Chiesa – Immobile – Insigne

 

Après des années de galère, qui ont vu cette sélection historique tomber dans les abysses les plus profondes du football, l’Italie, ressuscitée par son sauveur Roberto Mancini, a fini par remonter à la surface. Le fiasco du mondial 2018 se devait d’être une parenthèse cauchemardesque dans la glorieuse histoire footballistique de cette nation, et aujourd’hui tout nous indique qu’elle le sera bel et bien. Tandis, que nombreux semblaient avoir perdu espoir en cette équipe, l’arrivée de l’ancien manager de Manchester city aura permis de redresser une équipe totalement à la dérive après la retraite internationale de nombre de ses cadres historiques. Cette Squadra Azzura ne perd plus, encore mieux, elle ne fait que de gagner, et avec la manière s’il vous plaît. Terminé les clichés italiens, les 11 joueurs en défense, le catenaccio, les victoires à l’arrachée 1-0. L’Italie de Mancini vaut aujourd’hui bien plus que cela. Elle joue avec le ballon certainement comme jamais une sélection italienne n’a jamais joué avec. Possession, dédoublements, circuits de passes bien huilés, occasions, et des buts ! Énormément de buts. 3-0 contre la Grèce, 3-0 contre la Bosnie, 6-0 et 5-0 contre le Liechtenstein et surtout 9-1 contre l’Arménie (!). Certes, ces équipes sont des sélections de seconde zone, et nul doute que l’Italie n’en plantera pas neuf lorsqu’elle aura à affronter la Belgique ou la France, mais tout de même. Jamais par le passé la Nazionale n’aurait inscrit neuf buts dans un même match, et ce quel que soit l’adversaire. Ces chiffres témoignent d’une capacité nouvelle à se procurer des occasions et tout simplement, à jouer au football. Si certains doutaient du niveau réel de l’équipe de Mancini et de ce qu’elle était capable de faire contre les grandes nations actuelles, celle-ci a démontré qu’elle était bien au niveau qu’elle prétendait être en allant s’imposer avec la manière aux Pays-Bas contre Virgil Van Djik & co. Alors, oui, cette Squadra Azzura est réellement passé du désastre à la résurrection, résurrection que personne n’aurait imaginé arriver aussi rapidement. Maintenant, elle est sans aucun doute de retour parmi les meilleures équipes de la planète football, et peut, si ce n’est encore les battre, regarder droit dans les yeux les cadors mondiaux que peuvent être la France, la Belgique, l’Allemagne ou encore le Brésil. Jeune, talentueuse, ambitieuse et revancharde, la clique de Mancini possède tous les ingrédients pour s’imposer dans la durée et, pourquoi pas, aller chercher le Graal le 11 juillet prochain à Londres.

Adrien Nerozzi-Banfi

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